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Soudan du Sud : des visas « humanitaires » aux airs de racket

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Au Soudan du Sud, au moment où sévit la disette, les nouveaux tarifs des visas de travail sont dénoncés comme une entrave à l’œuvre des personnels humanitaires étrangers. À moins que ce ne soit un calcul plus cynique…

Les autorités sud-soudanaises ont-elles des œillères ou jouent-elles un double jeu ? Le 2 mars dernier, le ministère du Travail émettait une directive indiquant que le prix du visa de travail, précédemment situé dans une fourchette de 100 à 300 dollars par an, coûtait désormais entre 1 000 et 10 000 dollars, selon le niveau de compétences du demandeur.

Bien sûr, dans un environnement mondial marqué par les restrictions de circulation en direction des ressortissants du sud, les gouvernements ont toute légitimité à ajuster les conditions d’entrée sur leur territoire. Bien sûr, le plus jeune État de la planète a raison de diversifier ses revenus, sachant que 98% de ses recettes étaient issus de la seule production pétrolière, au moment de son indépendance, en 2011. Bien sûr, la famine qui pourrait menacer – officiellement depuis trois semaines – un à cinq millions de Sud-soudanais nécessite des fonds. Mais les autorités de Juba ne regardent-elles pas le problème par le petit bout de la lorgnette ? La mesure pourrait décourager les travailleurs humanitaires étrangers qui viennent au Soudan du Sud pour combattre cette même famine…

Persécution des travailleurs humanitaires

Ce samedi, plusieurs Organisations non gouvernementales avertissaient que la lutte contre la faim pourrait être gravement affectée par les nouveaux prix des visas de travail. Elles souhaitent connaître les modalités de cette mesure, notamment pour des expatriés déjà détenteurs d’un droit de résidence.

Pour certains observateurs, la directive ne saurait être mise sur le compte d’une simple naïveté, d’une évaluation approximative des effets de la hausse des tarifs. Depuis des mois, les travailleurs humanitaires se plaignent du harcèlement des autorités, notamment de l’armée, persécutions qui passeraient par la restriction de l’accès à certaines zones, les tracasseries administratives, le pillage de certaines ressources humanitaires et des agressions.

La famine, on peut en mourir comme on peut en vivre…

Le « filtre financier » ne serait alors que le maillon ultime d’un filet anti-ONG. Mais pourquoi se priver d’une aide internationale, compromise par la nouvelle taxation, en pleine période de disette ? Peut-être parce que les tenants de la guerre civile ne veulent pas attirer l’attention sur leurs responsabilités dans la catastrophe humanitaire actuelle – des dizaines de milliers de morts et plus de 3 millions de déplacés. Peut-être même qu’ils entendent tirer profit de la crise qu’ils ont entretenue, voire créée, par une sorte de rançon qui ne dit pas son nom. La famine, on peut en mourir comme on peut en vivre…

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