Viols en Centrafrique : deux associations appellent la justice à une nouvelle audition des militaires français mis en cause

Par Jeune Afrique avec AFP

Des soldats français de l'opération Sangaris, le 22 mai 2014 à Bambari (Centrafrique). © Jerome Delay/AP/SIPA

Les associations "Innocence en danger" et "Enfance et partage" ont annoncé vendredi avoir demandé à la justice française d'auditionner à nouveau des soldats français de la force Sangaris accusés de viols sur mineurs en Centrafrique entre 2013 et 2014. Elles dénoncent une instruction "partiale et lacunaire".

C’est peut-être la requête de la dernière chance pour faire la lumière sur une sombre affaire. Car le 20 décembre dernier, les juges d’instruction français ont notifié la fin de l’enquête portant sur des accusations de « viols et complicités de viols » qui auraient été commis sur des mineurs dans le camp de déplacés de M’Poko près de l’aéroport de Bangui, entre décembre 2013 et juin 2014. Et faute de personnes mises en examen, l’affaire pourrait s’acheminer vers un non-lieu.

Ainsi, pour relancer un dossier qui n’est pas encore définitivement enterré,  les associations françaises « Innocence en danger » et « Enfance et partage », parties civiles, ont déposé mercredi 8 mars auprès des juges d’instruction une demande d’auditions de dix militaires français, dont cinq déjà entendus au cours de l’enquête. L’un d’entre eux avait été placé en garde à vue, mais n’avait pas été mis en examen.

Les cinq autres soldats ont été identifiés par des victimes présumées « en raison de leur surnom ou de leur description physique », selon les avocats des parties civiles.

« Extrême partialité »

Les avocats ont également demandé aux magistrats d’auditionner l’enquêteur prévôtal chargé durant l’enquête « de la rédaction des procès-verbaux d’analyse des auditions des victimes présumées et des militaires », dont ils dénoncent « l’extrême partialité ».

Enfin, ils demandent la réalisation d’une liste complète et détaillée des noms et caractéristiques physiques des soldats français présents dans la zone du camp de M’Poko entre 2013 et 2014, pour confronter ces données aux témoignages des enfants.

« Les magistrats se sont contentés d’une enquête uniquement à décharge, réalisée de façon totalement partiale et lacunaire », a regretté Rodolphe Costantino, avocat d’Enfance et partage.

« 41 enfants du camp de M’Poko, majoritairement des garçons âgés entre sept et 13 ans, se sont déclarés victimes d’agressions sexuelles ou de viols de la part de militaires français entre décembre 2013 et juillet 2014 », a relevé de son côté Marie Grimaud, avocate d’Innocence en danger.

Image écornée

La semaine dernière, l’association Ecpat (End Child Prostitution, Pornography and Trafficking), qui lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants, avait demandé aux juges d’instruction d’ordonner une expertise psychiatrique pour évaluer le récit des mineurs qui affirment avoir été violés.

Depuis cette affaire, d’autres accusations ont été portées contre des militaires étrangers, dont des Français. Une enquête du parquet de Paris est en cours après un signalement de l’ONU sur des soupçons d’agressions sexuelles sur trois mineures, entre 2013 et 2015 à Dékoa, toujours en Centrafrique. Une autre enquête à Paris a été classée sans suite.