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Crise anglophone : une censure camerounaise 2.0.

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L'œil de Glez © Glez / J.A.

En posture de fronde, la zone majoritairement anglophone du Cameroun est privée d’internet depuis de longues semaines. Indignation et résistance par… internet.

Il y a des records dont on se passerait bien. Comme celui de la durée d’interruption des communications électroniques dans certaines régions du Cameroun. Bien sûr, le procédé n’est pas nouveau : lorsque les internautes impudents empêchent les dirigeants de dormir, on débranche le réseau des réseaux, considérant que si la propagande ne porte plus, il vaut mieux que tout le monde se taise. En 2016, lors de périodes électorales sensibles, le Tchad, le Congo, le Gabon ou la Gambie ont eu recours au stratagème du bâillonnement numérique. Mais la durée des interruptions ne dépassait pas (trop) la durée qui peut accréditer la thèse d’un incident technique, même imaginaire.

Dans les deux régions où vit majoritairement la minorité anglophone du Cameroun, en bisbilles avec le pouvoir de Yaoundé, c’est depuis le 19 janvier, officiellement, qu’internet est totalement indisponible, en dehors des voies satellitaires. Un record en Afrique. Motif officiel ? La « préservation de l’ordre public », après la diffusion de « fausses informations » sur les réseaux sociaux…

Une perte de 310 millions de FCFA par jour ?

À ce stade du XXIe siècle, celui des smartphones « adaptables » plus vendus que des petits pains, celui des déviances de Twitter ou de Snapchat, mais aussi celui du contrôle citoyen de la gestion publique, la coupure du web à Bamenda ou Buea apparaît comme une violation des droits de l’Homme. Elle est aussi une atteinte à la santé financière du Cameroun. L’ONG « Internet sans frontières » estime à 310 millions de francs CFA les pertes, par jour de coupure, pour le secteur économique.

La campagne #BringBackOurInternet a enregistré le soutien précieux du lanceur d’alerte américain, Edward Snowden

Pour condamner l’absence d’internet, pourquoi ne pas utiliser… internet ? La galère communicationnelle du nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun a de quoi scandaliser les geeks et activistes du monde entier. Inspirée par le hashtag #BringBackOurGirls destiné à soutenir les lycéennes nigérianes victimes de rapt, la toile « camerounophile » a lancé #BringBackOurInternet (« Rendez-nous notre Internet »). Cette campagne de résistance au musellement a enregistré le soutien précieux du lanceur d’alerte américain Edward Snowden.

Face à la coupure du net, la maigre consolation est que le gouvernement ne peut plus espionner les communications électroniques. Ce qui est plus inquiétant, par contre, c’est que le ministère des Postes et des Télécommunications a commencé à utiliser les textos pour effaroucher les utilisateurs de téléphone, via des messages rappelant les peines encourues en cas de propagation de fausses nouvelles. Il ne faudrait pas que, sur ce réseau aussi, les autorités passent de la propagande stérile à la censure active…