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« Les industries cinématographiques de Nollywood ne doivent pas être l’exception »

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Président Directeur-général de Sorom Holding et Administrateur de Cinébox, une société congolaise de distribution et d’exploitation cinématographique.

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Cinéma Christa dans le quartier de Pâtes d'Oie à Dakar, le 26 mars 2013. © Photo de Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

Cette année, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) s’est ouvert dans un contexte inédit. Alors que l’industrie cinématographique en Afrique battait de l’aile depuis les années 1980, les deux dernières années témoignent d’un renouveau.

Dans les métropoles d’Afrique francophone, les cinéphiles, qui avaient vu les cinémas fermer les uns après les autres, reprennent peu à peu le chemin des salles obscures. À Abidjan, la jeunesse se donne rendez-vous au Majestic, la salle mythique de l’hôtel Ivoire. À Ouagadougou, terre de cinéma par excellence, le groupe Vivendi vient d’ouvrir sa salle Canal Olympia. À Brazzaville, 25 ans après la fermeture de la dernière salle, MTN Movies House offre aujourd’hui une expérience « grand écran » à une génération qui n’a pas connu le cinéma. Toutes ces nouvelles salles contribuent à la relance de la culture du cinéma et confirment l’essor de l’industrie culturelle en Afrique.

La recrudescence des inaugurations de nouvelles salles en Afrique remplit une mission essentielle : offrir du plaisir au public. Mais cette tendance nous invite aussi à repenser l’industrie culturelle africaine, particulièrement celle du cinéma, pour assurer le développement et la promotion de la création locale. Jusqu’à présent, le cinéma en Afrique a connu une existence en dents de scie, les différents acteurs de la filière parvenant difficilement à mettre en place un modèle économique durable.

Pour consolider la dynamique, nous devons recréer la chaîne de valeur localement en formant et en attirant un public varié. Il est également nécessaire de trouver des solutions aux enjeux de distribution, cristallisés autour de la lutte contre la piraterie et de la répartition des revenus.

Les salles de cinéma africaines doivent puiser dans l’environnement local.

Le cinéma doit être avant tout un lieu de vie. Les salles de cinéma africaines doivent puiser dans l’environnement local et créer un univers autour. Ces véritables lieux consacrés à la culture mêleraient le cinéma aux autres arts pour développer des complexes de loisirs intégrés, dédiés aux divertissements et à la formation.

Ainsi, à Brazzaville, les troupes de théâtre ont donné naissance à un théâtre congolais, riche de traditions séculaires. Cet art qui s’exprime notamment sur les terrasses des bars des quartiers populaires et fait le charme de Brazzaville a toute sa place dans des salles modernes capable de mettre en valeur la création artistique. C’est en créant une offre intégrée et en répartissant la création de richesse générée que nous parviendrons à augmenter l’offre culturelle locale, surtout cinématographique.

La nécessité de former des professionnels.

De plus, je crois fermement qu’il faut créer un modèle répondant à nos besoins, au-delà de la promotion et de la valorisation de la production artistique. L’un des défis les plus importants demeure la nécessité de former des professionnels pour consolider tous les maillons de l’industrie cinématographique.

Nos cinémas peuvent abriter des espaces de formation pour les prochaines générations de réalisateurs, de monteurs, de scénaristes ou de régisseurs. Autant de métiers indispensables à une création qualitative. Les industries cinématographiques à Nollywood et en Afrique du Sud ne doivent pas être l’exception, mais la règle. Ce n’est ni le talent, ni la demande qui manquent.

Ensuite, les revenus des créations africaines sont disproportionnellement victimes du piratage. La Banque mondiale estime que lorsqu’une œuvre Nollywood est achetée, neuf sont piratées. Résoudre ce problème passera bien évidemment par la création d’un cadre réglementaire adapté aux problématiques contemporaines de la propriété intellectuelle.

Hélas, nous le savons d’ores et déjà, cela ne sera pas suffisant. Nous devons nous appuyer sur les outils numériques pour créer une industrie stable. Les exemples d’Iroko ou d’Afrosteam démontrent qu’un modèle économique profitable est possible. En quelques clics, la création africaine peut s’adresser à un public dispersé aux quatre coins du monde.

Les services de streaming vidéo et les cinémas sont complémentaires tout comme les concerts sont un complément aux services de streaming musicaux. La demande du public est au rendez-vous. C’est en assurant un environnement propice que nous renforcerons la création artistique africaine.