Tunisie : ce que révèle l’enregistrement déroutant d’une réunion de Nidaa Tounes autour de Hafedh Caïd Essebsi

Par - à Tunis

Hafedh Caïd Essebsi est de plus en plus contesté au sein de son parti. Ici, en mars 2015 à Tunis. © AP/SIPA

Contrairement aux hommes politiques friands de déclarations et de visibilité médiatique, Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif de Nidaa Tounes, première formation politique en Tunisie avec Ennahdha, s’exprime si rarement que peu de personnes identifient sa voix et ses positions. Mais grâce à un enregistrement d’une réunion du bureau politique de Nidaa Tounes qui a fuité dans les médias le 6 mars, on en sait plus sur la manière de faire du fils du président de la République.

Pour certains, Hafedh Caïd Essebsi est illégitime à la tête de Nidaa Tounes (qu’il a fondé en 2012), faute d’avoir été adoubé par un congrès électif. Dans les faits, c’est bien lui qui mène la barque, ce que le contenu de l’enregistrement démontre largement.

En désaccord avec Youssef Chahed

S’il s’indigne de ne pas avoir été informé du remaniement ministériel auquel a procédé le 27 février le chef du gouvernement, Youssef Chahed, il révèle également les rapports du parti avec le patron de l’exécutif : « Lorsqu’on a placé Chahed à la tête du gouvernement, le but était qu’il compose avec nous et non qu’il nous tourne le dos ».

Entre Hafedh et Youssef, par ailleurs parents par alliance, un désaccord semble planer. Le premier souhaite sans le dire que le gouvernement se fasse l’écho de la ligne de Nidaa Tounes. Sur ce point, Hafedh Caïd Essebsi se réfère aux résultats des élections législatives mais il oublie que Chahed a été coopté à la Kasbah pour mener un gouvernement d’union nationale suite à la ratification par neuf partis et instances nationales d’une feuille de route dite de Carthage.

On l’entend également fustiger l’entourage de Chahed non issu des rangs de Nidaa Tounes, notamment Iyed Dahmani, ministre chargé des Relations avec l’Assemblée des représentants du peuple et porte-parole du gouvernement.

« Tant que le vieux est à Carthage, rien ne nous échappera »

Une réunion au contenu somme toute banal, jusqu’à ce que Hafedh Caïd Essebsi aborde le sujet des élections municipales, prévues avant fin 2017, et cherche à rassurer ses compagnons sur la victoire de Nidaa Tounes en citant l’un des leurs : « Tant que le vieux est à Carthage, rien ne nous échappera, ne vous inquiétez pas, il est un calculateur. »

Il met ainsi Béji Caïd Essebsi, qui se défend de toute position partisane et assure être le président de tous les Tunisiens, en mauvaise posture et suscite des doutes quant à la transparence de la tenue du scrutin.

Hafedh Caïd Essebsi considère la fuite de cet enregistrement comme une violation tandis que des membres de partis rivaux, comme Machrou Tounes et l’Union Patriotique Libre (UPL), se refusent à tout commentaire, arguant que cela reviendrait à une ingérence dans la vie des partis.

Pourtant, le sujet agite suffisamment les Tunisiens, partagés entre étonnement et indignation. « On savait que la politique est sans foi ni loi, mais dans ces propos seul l’intérêt de Nidaa Tounes semble prévaloir, pas celui de la Tunisie » s’afflige Mourad Chaker, ingénieur en hydrocarbures.

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