Libre-échange : ce que signifie la future adhésion de la Tunisie au Comesa

Par Jeune Afrique

File d'attente à proximité de la ville de Dehiba, à la frontière de la Tunisie et de la Libye, en mai 2011. © Chokri Mahjoub/AP/SIPA

La Tunisie rejoindra officiellement le marché commun de l'Afrique orientale et australe (Comesa, de l’anglais « Common Market of East and Southern Africa ») en octobre 2017. Mais qu’implique plus exactement cette adhésion ?

La signature du traité lors du prochain sommet du Comesa fera de la Tunisie son 20e État-membre, a fait savoir l’organisation dans un communiqué publié le 5 mars.

En visite à Tunis pour entamer les négociations de pré-adhésion, une délégation du Comesa, menée par son secrétaire général Sindiso Ngwenya, a rencontré dimanche le chef du gouvernement Youssef Chahed, ainsi que le ministre du Commerce Zied Ladhari, et celui du Développement, Fadhel Abdelkefi.

D’autres rencontres ministérielles et avec des représentants du secteur privé sont aussi prévues ces prochains jours.

En adhérant au traité du Comesa, la Tunisie « rejoindr[a] simultanément les institutions financières, techniques, semi-indépendantes et indépendantes du Comesa ».

Le marché commun compte aujourd’hui neuf institutions (dont une banque, un institut monétaire ou encore une agence d’investissement régionale), deux agences spécialisées et un organe judiciaire (Cour de justice), basés dans différents Etats membres.

Consolider les échanges avec l’Afrique

« Les échanges dans le cadre de ce marché, qui regroupe 19 pays africains, ont dépassé 4 500 milliards de dollars », a également fait savoir à Tunis Sindiso Ngwenya. Un montant qui devrait s’élever à « 6 000, voire 7 000 milliards de dollars » dans les années à venir, calcule-t-il.

Cette adhésion au « bloc régional le plus grand d’Afrique », dont la demande avait été acceptée lors du sommet des États-membres d’octobre 2016, témoigne de la volonté de la Tunisie de consolider ses échanges avec le reste du continent africain. L’objectif étant la libéralisation du commerce intérieur et un marché plus concurrentiel à l’étranger, via notamment une union douanière lancée en 2009.

D’autres pays africains pourraient également rejoindre ce marché qui reste « ouvert », a estimé le secrétaire général du Comesa d’après l’agence TAP, indiquant que « des négociations sont actuellement en cours avec l’Algérie. »

Depuis juin 2015, la Comesa fait partie de la Tripartite Free Trade Area (TFTA), avec la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Soit un marché de plus de 625 millions d’habitants − ceux de 26 des 54 pays africains − pesant plus de 1 000 milliards de dollars en PIB.

Sur le papier, les avantages semblent attrayants, donc. Et dans la réalité ?

Des freins aux échanges

Sur le terrain, la réalité à laquelle font face de nombreuses entreprises est toute autre.

Malgré sa taille, jusqu’ici le Comesa ne s’est pas montré très compétitif au niveau international. Tout comme les 13 autres blocs régionaux du continent africain, censés représenter autant d’espaces de libre circulation des personnes, des biens et des services.

En cause : des lenteurs persistantes aux frontières, liées notamment aux (nombreuses) formalités de douane et aux coûts encore élevés de franchissement des frontières.

Zones économiques africaines. © JA

« Les pays africains, surtout s’ils sont enclavés, cumulent des coûts du commerce supérieurs et des frontières plus épaisses qu’ailleurs », soulignait le rapport 2015 de l’OCDE et du Pnud, intitulé Perspectives économiques de l’Afrique. Un rapport qui chiffrait néanmoins à 61 milliards de dollars environ les exportations intra-africaines en 2013, soit 50% de plus qu’en 2010.

Consciente du potentiel économique du continent africain, la Tunisie s’active depuis quelques années au sud du Sahara, renouant avec ses vieux partenaires et lorgnant sur de nouvelles parts d’un marché en pleine croissance. La preuve, avec la multiplication des mission de prospection tunisiennes en Afrique subsaharienne.

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