L’absence de parité : un frein pour le développement de l’Afrique 

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Danièle Sassou Nguesso est une femme d’affaires et entrepreneuse sociale congolaise. Elle est l’auteure du livre "Genre et développement en République du Congo : promouvoir l’égalité homme-femme au profit de la croissance" (L’Harmattan, 2016) et dirige la Fondation Sounga.

Avec près de 65% d'élus au Parlement qui sont des femmes, le Rwanda fait figure de modèle pour la parité. © Denyse Uwera Kamugwiza/AP/SIPA

Et si on osait enfin la parité, au-delà des discours, dans les actes ?

Plus de  soixante ans après les indépendances, les pays africains demeurent en quête de développement. Soixante ans que le continent africain s’attèle à son développement, mais dans cette dynamique, l’invisibilité des femmes est toujours aussi criante. Ne faut-il pas y voir une logique de cause à effet et donc la nécessité d’un changement ?

Les organisations internationales s’accordent à dire que les Africaines constituent plus de 70 % de la production agricole et assurent 90 % de la sécurité alimentaire du continent. Pourtant, lorsque l’on examine leur contribution au développement, les experts, les décideurs politiques et les statistiques officielles les relèguent au rang d’agent économique mineur. En Afrique Subsaharienne, les femmes constituent la majorité de la population et ont toujours participé aux défis majeurs de leurs pays, sans récolter le fruit de leur contribution, en tant que membre à part entière de la nation. Compte tenu de leurs potentialités, aucun modèle économique pérenne, ne saurait cautionner leur absence des politiques publiques en tant qu’acteurs du développement.

Les Objectifs du développement durable préconisent une nouvelle approche du développement mondial, et plusieurs chapitres concernant la parité du genre (ODD N°5), rappellent la nécessité de prendre en compte l’égalité homme-femme pour accélérer la prospérité. De nombreuses instances africainces ont affiché leur volonté d’entrer dans le XXIe siècle, dotées d’une nouvelle « image », basée sur l’engagement collectif d’hommes et de femmes dans la résolution des problèmes. Si ces initiatives sont louables, qu’en est-il de leur application, afin d’insuffler des transformations profondes et durables ?

Les femmes ont pris la houe pour construire une indépendance prometteuse d’élimination de la pauvreté, de l’analphabétisme et des injustices, elles participent aussi bien aux économies locales, qu’aux exportations. Lorsqu’elles volent de leurs propres ailes, les Africaines accomplissent des prouesses. En effet, malgré des législations inégalitaires, des difficultés d’accès au crédit, certaines parviennent à s’imposer en véritables modèles (en moyenne 27 % des entrepreneurs africains, selon la BAD). Alors pourquoi ne pas oser la parité pour libérer l’ensemble du potentiel de croissance de l’Afrique ?

Oser la parité homme-femme reviendrait à donner aux femmes l’opportunité de renforcer leur capital humain, indispensable à une insertion professionnelle efficace. Favoriser l’emploi et l’entrepreneuriat féminin constituerait, un atout majeur pour le développement sachant que l’augmentation de leurs revenus bénéficie en priorité aux membres de leur famille, auxquels elles consacrent l’essentiel des investissements liés à l’éducation et à la santé des générations futures.

Insuffler une révolution culturelle et intellectuelle à même de faire évoluer le Code de la famille

Oser la parité impliquerait de s’écarter d’un système patriarcal qui relègue la femme dans un statut inférieur, influant négativement sur de nombreux aspects de la vie sociale et professionnelle. Il conviendrait de privilégier une législation plus coercitive envers les discriminations dans le monde du travail où les femmes restent confinées à des fonctions subalternes, tant dans le secteur privé que public.

Mon plaidoyer pour la parité s’inscrit dans un principe de démocratie et d’État de droit, devant garantir l’équilibre des genres pour permettre aux femmes de contribuer à un meilleur épanouissement de nos sociétés africaines. Lorsque les femmes jouissent d’une plus grande autonomie financière, elles sont plus à même de s’engager dans la préservation de la paix et la stabilité de leur pays, la réduction des inégalités, la protection et l’éducation d’une jeunesse dont elles sont les mères.

Oser la parité du genre, c’est insuffler une révolution culturelle et intellectuelle à même de faire évoluer le Code de la famille, pour être en adéquation avec la notion d’égalité juridique, qui reste un droit fondamental entre les sexes. Ne serait-il pas temps, d’abolir des pratiques inégalitaires telles que la polygamie ou les rites du veuvage, véritables goulots d’étranglement à l’inclusion des femmes dans la transformation de l’Afrique ? Oui, il est temps de miser sur les femmes en tant qu’acteurs de changement, de progrès et de développement ! Qu’on leur permette d’élargir durablement les marges de prospérité de nos économies. Aucune énergie féminine ne devrait être laissée de côté, car c’est tous ensemble que nous construirons l’Afrique de demain.