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Violences racistes en Afrique du Sud : et maintenant ?

Manifestation anti-immigrés à Pretoria le 24 février 2017. © Themba Hadebe/AP/SIPA

La semaine dernière, à Jeppestown, au sud-est de Johannesburg, des maisons et des petits commerces appartenant à des ressortissants étrangers ont à nouveau été brûlés et saccagés par des habitants en colère. Un rapport rendu public vendredi révèle l’implication de certains officiers de police dans les pillages.

Marc Gbaffou, directeur du Forum de la diaspora africaine (ADF), confirme le compte-rendu du Bureau indépendant des enquêtes policières (IPID) transmis le 3 mars au Parti Alliance Démocratique, désormais à la tête des mairies de Johannesburg et Prétoria qui ont été le théâtre de violences à l’encontre des immigrés.

L’organisation qu’il dirige a été créée en 2008, dans l’urgence, suite à une autre vague d’attaques xénophobes meurtrières. Elle suit donc les récentes manifestations et agressions racistes de près. Et d’après Marc Gbaffou, depuis près d’un mois, la participation de certains membres des forces de l’ordre à des pillages et à des agressions xénophobes a fait l’objet de « nombreux témoignages de victimes ». Il pointe aussi le comportement de certains officiers, « qui incitaient à la violence sans jamais intervenir pour protéger les gens ».

Arrivé en Afrique du Sud en 1997 à l’âge de vingt-quatre ans, l’Ivoirien Marc Gbaffou, pointe du doigt le laxisme et la responsabilité des autorités politiques dans l’escalade de la violence observée ces dernières années en Afrique du Sud. Il vise notamment Herman Mashaba, le nouveau maire de Johannesburg, qui a déclaré en décembre dernier : « Les immigrés illégaux sont des criminels qui squattent nos immeubles et il faut les mettre dehors. »

Une phrase malheureuse

Selon Marc Gbaffou, « tout est parti de cette phrase ». Les propos de Mashaba « ont mis le feu aux poudres », estime-t-il, et ne font qu’accentuer les frustrations de Sud-Africains pauvres et sans emploi, traités comme des citoyens de seconde zone dans un pays où le partage des richesses fait le grand écart.

Le 28 février, les deux hommes se sont rencontrés. Une entrevue infructueuse, qui laisse un goût amer à Marc Gbaffou : « Nous avons passé plus d’une heure ensemble et nous ne nous sommes pas entendus, nous lui avons demandé de retirer sa phrase, mais Mashaba reste dans sa logique. Pour lui, un immigré illégal est forcément un criminel. » Après cette entrevue, l’ADF a déposé une plainte devant la Commission des droits de l’Homme.

Aujourd’hui, la mobilisation des syndicats, des étudiants, des associations antiraciste mais aussi des citoyens ordinaires, reste forte face à une situation instable et totalement imprévisible. Pour éviter de nouvelles flambées de violence et ne pas revivre les attaques meurtrières du passé, les rassemblements se multiplient, des meeting se mettent en place et de nombreuses actions sont menées, telle la grande marche de solidarité prévue le 31 mars prochain dans les rues de Johannesburg. D’après les organisateurs, elle pourrait rassembler près de 40 000 manifestants.

Ce samedi 4 mars à Cape Town, une centaine de personnes ont convergé vers le Parlement pour protester contre les attaques xénophobes.

Des enfants étrangers non scolarisés

Dans les couloirs de l’ADF, situé à Yeoville, un quartier multiculturel et animé de Johannesburg, une femme d’origine burundaise fait part de ses difficultés à trouver un emploi avec son statut de réfugiée. Elle raconte aussi que son neveu, âgé de 12 mois et né en Afrique du Sud, n’a toujours pas de certificat de naissance car « on refuse de lui en donner un ».

Nombre d’entre eux font aussi face à des discriminations à l’embauche et à la scolarité. « En ce moment il y a plus de 200 enfants âgés de sept à dix ans à qui l’on refuse le droit d’entrée à l’école, or ce n’est pas ce que dit la constitution sud-africaine », souligne, dépité, Marc Gbaffou, qui fustige l’absence de mesures concrètes et de lois permettant de pallier ce problème.

Il estime aussi que les agressions à caractère raciste sont condamnées par les politiques, certes, mais que ces derniers ne font rien pour les contrer hormis assurer dans leurs discours que l’ « Afrique du Sud n’est pas xénophobe ». À l’image de Jacob Zuma, le 24 février à Pretoria.

Des maisons incendiées et des commerces détruits

L’assimilation des étrangers au vol de l’emploi, à la criminalité, au trafic de drogue et à la prostitution, a provoqué une vague de violence sans précédent dans certains quartiers de Johannesburg et Pretoria. À Rosettenville et Mamelodi par exemple, des centaines d’habitants se sont réunis pour mettre à sac bâtiments, véhicules et habitations groupées.

Depuis le début du mois de février et surtout ces deux dernières semaines, des dizaines de maisons ont été incendiées et pillées, des commerces ont été détruits et des ateliers de réparation de voitures sont partis en fumée.

Nadine, Camerounaise et résidente de Jeppestown où se sont déroulées les dernières attaques, évoque timidement la situation actuelle: « En ce moment c’est calme, il y a encore eu des maisons brûlées le week-end dernier mais pour l’instant, ça va… ».

À ce jour il n’y a pas de victime, mais l’Afrique du Sud n’est jamais à l’abri de nouvelles vagues meurtrières, comme en 2008 où une soixantaine de personnes avaient trouvé la mort à Durban, Johannesburg et Cape Town. Plus récemment, en 2015, des attaques xénophobes ont fait au moins 6 morts dans les provinces du Gauteng et du KwaZulu-Natal.

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