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Burkina : deux prétendants au pouvoir, le lieutenant-colonel Zida semble prendre la main

Par Jeune Afrique

Le lieutenant-colonel Zida (à g.) et le général Traoré © AFP

Ce samedi 1er novembre, au lendemain de la démission de Blaise Compaoré, il est encore difficile de savoir qui tient le pouvoir au Burkina Faso. Deux militaires, le général Honoré Traoré et le lieutenant-colonel Isaac Zida, se disputent le leadership de la transition.

Alors que le chef d’état-major, Honoré Nabéré Traoré, avait affirmé le 31 octobre en début d’après-midi qu’il assumait les responsabilités de chef de l’État, un autre militaire, le lieutenant-colonel Isaac Zida, a contredit cette prise de pouvoir dans la nuit.

Numéro deux du régime de sécurité présidentielle, il a proclamé la suspension de la Constitution en fin d’après-midi, avant de déclarer, en pleine nuit, "assurer les responsabilités de chef de la transition et de chef de l’État". Il a clairement qualifié de "caduques" les affirmations précédentes du général Traoré. Des tractations au sein de l’armée dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre aurait fait basculer l’avantage en faveur de Zida. Ce dernier a également le soutien de la société civile, notamment du mouvement le Balai citoyen.

Deux jours après le début du soulèvement populaire contre Blaise Compaoré, Ouagadougou se réveille dans l’incertitude. Le point sur la situation.

  • Le lieutenant-colonel Isaac Zida a-t-il pris le dessus ?

Depuis son apparition hier après-midi, sur la place de la Nation, le général Honoré Nabéré Traoré ne s’est plus exprimé publiquement. Il avait été reçu un peu froidement par la foule, qui venait de clamer sa joie après l’annonce de la démission de Blaise Compaoré.

Quelques heures plus tard, le lieutenant-colonel Zida, jusqu’alors resté dans l’ombre, commençait à s’exprimer pour prendre le contre-pied des déclarations du général. Après son annonce, dans la nuit, qu’il assumait les responsabilités de chef de l’État, il s’est dirigé vers le palais présidentiel, laissé vacant. Il devait, selon RFI, rencontrer le général Traoré dans la matinée.

Les informations provenant de sources militaires semblent affirmer ce matin que Zida est en position de force. Aux yeux des Burkinabè, Traoré représente en effet le pouvoir de Compaoré. Chef d’État-major général des armées, il a été nommé par le président démissionaire après les mutineries de 2011 et n’avait pas, jusqu’à maintenant, témoigné d’une quelconque désaffection à l’égard du pouvoir en place.

  • Où sont Blaise Compaoré et sa famille ?

Hier, en début d’après-midi, au moment où le communiqué annonçant sa démission était lu à la télévision, Blaise Compaoré a quitté le palais présidentiel de Kosyam, à Ouagadougou. Son entourage affirmait alors qu’il partait en direction de Pô, son fief situé dans le sud du pays.

Une source proche du convoi explique que ce dernier n’a jamais atteint Pô par la route nationale. Il a bifurqué dans la brousse juste avant l’arrivée à Nobéré, situé à 45 km de Pô. La foule l’y attendait et les gardes de Compaoré ont préféré éviter l’affrontement.

En contact permanent avec le président ivoirien Alassane Ouattara, Blaise Compaoré et ses accompagnateurs ont attendu l’hélicoptère envoyé par son homologue jusque dans le milieu de l’après-midi. Les autorités ivoiriennes ont ensuite emmené Blaise Compaoré à Yamoussoukro pour le mettre à l’abri. Son épouse, Chantal, et son frère, François, y sont également.

>> Lire aussi : Blaise Compaoré s’est réfugié à Yamoussoukro

  • Quelle est la situation à Ouagadougou ?

Ouagadougou est redevenue calme dans la nuit, alors que la ville a été occupée par des centaines de milliers de manifestants depuis le 30 octobre au matin. Dans la nuit, des mesures de sécurité ont été annoncées par le camp du lieutenant-colonel Zida : couvre-feu de 19 heures à 6 heures dans le pays et fermeture des frontières aériennes et terrestres.

Ce matin, une grande opération de nettoyage était lancée par Simon Compaoré, ancien maire de Ouagadougou. Il sillonne la ville depuis ce matin. Hier et avant-hier, des habitations de personnalités proches de l’ancien pouvoir et des commerces ont été pillés.

  • Comment se positionne l’opposition ?

Le mouvement Balai citoyen s’est affiché hier après-midi aux côtés du lieutenant-colonel Zida. Ce dernier cite toujours dans ses allocutions les "forces vives de la nation".

L’opposition politique a pour le moment pris ses distances avec l’armée et ne semble pas prendre partie pour l’un ou l’autre des deux officiers. Certains ne cachaient pas, hier, leur scepticisme face à une prise de pouvoir de l’armée.

Le général à la retraite Kouamé Lougué, dont le nom a été scandé à plusieurs reprises par la foule, a lui disparu des radars depuis hier.

>> Revivre la journée historique du 31 octobre au Burkina