Qui est Moha Ouali Tagma, nouvel ambassadeur du Maroc à la Cedeao ?

Moha ouali Tagma dans son bureau, le 18 juin, à Rabat. © Hassan Ouazzani pour J.A.

Bon connaisseur du continent où il dispose d’un réseau très dense, l'ambassadeur du Maroc au Nigéria est maintenant l'interlocuteur de l'organisation économique régionale.

Dans les canaux diplomatiques chérifiens, on l’appelle « Moha l’africain ». Le nouvel ambassadeur du Maroc à la Communauté économique des États d’Afrique de l’ouest (Cedeao), Moha Ouali Tagma, a déjà effectué trente ans de sa carrière en Afrique. Jeudi 2 mars, quelques jours après la demande d’adhésion du Maroc à l’organisation ouest-africaine, il avait remis ses lettres de créances au président de la Commission, Marcel Alain De Souza.

L’axe Rabat-Abuja

Sa nomination était prévisible, lui qui était déjà à la tête de l’ambassade du Maroc à Abuja, siège de la Cedeao. En octobre dernier, lorsque Mohammed VI a changé les deux tiers de ses diplomates à l’étranger, c’est lui qu’il a choisi pour exécuter une nouvelle approche avec le pays de Muhammadu Buhari. Le royaume avait déjà en tête son projet de création d’un pôle nord-ouest africain, avec comme deux piliers, les deux puissances économiques de cette partie de l’Afrique, le Maroc et le Nigeria. Mais il fallait d’abord déminer le terrain politique.

Allié historique de l’axe Alger-Pretoria, le Nigeria défend en effet la thèse de l’indépendance du Sahara occidental. Le travail en coulisses de Moha Ouali Tagma mais aussi de l’équipe royale (Nasser Bourita, Salaeheddine Mezouar et Fouad Ali El Himma) l’a amené à plus de souplesse. Si Abuja n’a pas abandonné ses sympathies politiques envers les Saharaouis, elle a au moins apporté un soutien franc à l’adhésion du Maroc à l’Union africaine (UA). Pour les officiels marocains, c’est un excellent début.

Et puis il y a la coopération économique qui ouvre bien des portes. En décembre dernier, l’axe Rabat-Abuja a officialisé son premier deal gagnant : le projet d’extension d’un pipeline gazier qui devra relier le Nigeria au Maroc sur toute la côte ouest-africaine. À travers son fonds souverain, Ithmar Capital (qui portera le projet avec son homologue nigérian, le Nigeria Sovereign Investment Authority), Rabat multiplie les navettes diplomatiques avec les pays de la zone pour avoir leur accord avant de donner les premiers coups de pioche.

Entre l’Europe et l’Afrique

« La nomination de Moha Ouali Tgama comme ambassadeur à la Cedeao est dans la logique des choses », confie un de ses collègues au ministère des Affaires étrangères marocain. Abuja est le siège de beaucoup d’organisations multilatérales. Vu son parcours, l’ambassadeur marocain est leur interlocuteur idéal. Celui qui a négocié l’entrée du Maroc à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) connaît très bien les rouages des organisations internationales. En 1989, il rejoint la mission permanente du Maroc à Genève afin de préparer la conférence de Marrakech qui a lieu en 1994 et qui a aboutit, peu après, à la création de l’OMC.

Née en 1945 à Ain Leuh, petit village du Moyen-Atlas, Moha Ouali Tagma a fréquenté le lycée d’Azrou qui a formé nombre de personnalités civiles et militaires marocaines. Après une licence en sciences politiques à Fès et un diplôme à de l’École nationale de l’administration (ENA), il intègre le ministère des Affaires étrangères en 1981. Son premier poste à l’international est Malabo, en Guinée équatoriale, en tant que chargé d’affaires. Il ira ensuite au Gabon consolider la relation « de fraternité » entre Hassan II et Omar Bongo Odimba. En 2003, il est nommé à Dakar et sera un des initiateurs de la nouvelle politique africaine de Mohammed VI en Afrique.

En 2012, il  prend la tête de la Direction des affaires africaines au ministère des Affaires étrangères en remplacement de Nezha Alaoui M’hammdi, qui assurait l’intérim après le départ à la retraite d’Abdellatif Bendahane.

 

 

 

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