Fespaco : l’exhumation culturelle de l’icône Sankara

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Feu Thomas Sankara est à la mode, singulièrement depuis la chute de son successeur Blaise Compaoré ; pour le meilleur de la culture et le pire de la récupération politique...

« Bienvenue au pays de Thomas Sankara ». La phrase a été lancée, samedi dernier, par le ministre burkinabè de la Culture et des Arts, Tahirou Barry, à l’ouverture du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou. Dans la bouche de celui qui est aussi ministre du Tourisme, le big-up semble réduire l’ancien président du Faso à un mythe dont on visite le territoire enchanté comme une falaise malienne ou un fort béninois. Et ceci d’autant plus que le parti politique auquel appartient le ministre rallié promeut des positions souvent plus réactionnaires que révolutionnaires. À sa décharge, la confusion idéologique est à son comble au Faso post-insurrectionnel, puisque Barry partage le banc du conseil des ministres avec des Sankaristes eux-mêmes accoquinés avec les anciennes groupies de celui qui s’assit sur le trône ensanglanté, pour 27 ans, en octobre 1987.

Qu’importe si l’icône « guevarienne » africaine fait l’objet de récupération politicienne, tant que l’adhésion populaire est sincère. Même si les scores électoraux des héritiers officiels du père de la Révolution ne sont guère reluisants, l’adhésion au personnage est patente. Le Faso dan fani traditionnel est tendance et le poing rageur n’a pas été déclassé par les quenelles des faux rebelles. Quant au monde du cinéma, il est bien légitime à surfer sur la vague « sankariste », tant l’ancien chef de l’État avait fait la promotion du septième art.

Un prix Thomas Sankara

Au cours de cette 24e édition du Fespaco qui s’achève ce week-end, Sankara apparaît dans le court métrage « Twaaga » de Cédric Ido et dans le documentaire « Capitaine Thomas Sankara » de Christophe Cupelin. Sur la scène de la cérémonie d’ouverture, il était tout à la fois dans les injonctions du rappeur burkinabè Smockey et dans les chants du reggaeman ivoirien Alpha Blondy. Du côté des récompenses cinématographiques, la Guilde africaine des réalisateurs et producteurs va décerner, pour la deuxième fois consécutive, le prix Thomas Sankara à un film en compétition officielle dans la catégorie court métrage.

Gageons que l’overdose ne succédera pas à la censure, comme l’indigestion au jeûne. Et espérons que l’exhumation idéologique sera plus fructueuse que le déterrement de la dépouille, il y a presque un an. Le Burkinabè moyen a une certitude et un doute : la certitude d’idolâtrer « Thom’ Sank » et le doute de voir la justice rendue dans l’affaire de son assassinat. Même sous un régime sankara-compatible…

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