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Tunisie : les appels à l’action se multiplient après la lapidation d’un crocodile au zoo du Belvédère

L'entrée du parc du Belvédère à Tunis. © م ض/Wikimedia Commons

« Choquant », « à vomir », « dégueulasse », « une honte, un scandale »… Plusieurs voix se sont élevées sur les réseaux sociaux pour dénoncer l’« acte barbare intolérable » dont a été victime un des crocodiles du parc zoologique du Belvédère, à Tunis. Un zoo qui n’en est pas à sa première critique.

L’information fait le tour du monde. Sur sa page Facebook, la municipalité de Tunis a dénoncé le 1er mars le « comportement sauvage d’un groupe de visiteurs du zoo ayant jeté des pierres sur la tête d’un crocodile, ce qui a provoqué une hémorragie interne ayant causé sa mort ». Les photos de l’animal en sang, près de gros blocs de pierre, ont provoqué l’indignation de nombreux Tunisiens, qui appellent à une réaction des autorités et des responsables du zoo.

Une « situation catastrophique »

« C’est terrible. Vous n’imaginez pas ce que les animaux endurent de la part de certains visiteurs », a déclaré à l’AFP le Dr Amor Ennaifer, vétérinaire et responsable du zoo du Belvédère, construit en 1963. « Des citoyens laissent derrière eux des déchets, des sacs plastique (…). Ils lancent des pierres sur les lions et les hippopotames », a-t-il ajouté, dénonçant un manque total de civisme de la part des visiteurs.

L’état du parc a en effet été plusieurs fois mis en cause, sans que de réelles mesures ne semblent encore avoir été prises.

En mars dernier, les images de mares de déchets avaient déjà scandalisé les internautes. La direction du zoo s’était alors défendue en avançant la forte affluence pendant les vacances scolaires et l’irresponsabilité des visiteurs, à l’origine selon elle de cette « situation catastrophique ».

Si le directeur du zoo défend aujourd’hui encore le travail de son équipe en termes de propreté et de soin des animaux, de nombreux Tunisiens pointent du doigt le laxisme des employés et des autorités.

Étals anarchiques et comportements irresponsables

« Mais où étaient les gardiens ? », s’interrogent certains suite au « massacre » du crocodile. « Ce n’est plus un zoo, c’est un squat ! » s’insurge un internaute, qui propose d’augmenter le prix d’entrée (actuellement moins de 0,50 euros) pour limiter les risques que « n’importe qui vienne [y] faire n’importe quoi. »

Il y a un an, Marwen, 29 ans, décidait de se promener un jour de semaine dans le zoo pour « changer d’air ». Et très vite, l’état des lieux l’a refroidi. « Il y avait plein de saleté partout, c’était dégueulasse », explique-t-il à Jeune Afrique. « Les gens donnaient n’importe quoi à manger aux animaux, sans qu’il n’y ait aucune surveillance. Je crois que je n’ai vu aucun gardien à l’intérieur, d’ailleurs, on pouvait faire ce qu’on voulait. Pas étonnant que des personnes aient pu tuer un crocodile comme cela… »

Pour forcer l’animal à se retourner, il lui jetait des cailloux, sous les encouragements et le regard amusé de ses parents

D’autres personnes témoignent aussi, images et vidéos à l’appui -dont la véracité fait parfois débat-, de comportements jugés irresponsables, aussi bien de la part des plus jeunes que de leurs parents. Comme par exemple des enfants posés sur le dos d’un rhinocéros le temps d’une photo, un père qui pêche des poissons à l’aide d’une bouteille en plastique, ou des personnes enjambant les rambardes de sécurité pour se rapprocher des animaux.

« Une scène m’a particulièrement choqué quand j’y étais », se souvient Marwen. « Un adolescent voulait se prendre en photo devant un lion, mais celui-ci lui tournait le dos. Pour forcer l’animal à se retourner, il lui jetait des cailloux, sous les encouragements et le regard amusé de ses parents. C’est aussi cette mentalité qu’il faut changer… »

L’état de santé de certains animaux et l’étroitesse de leurs enclos préoccupent aussi, et la multiplication de vendeurs à la sauvette – vendant par exemple des plumes de paon – devant et à l’intérieur du zoo est dénoncée par plusieurs personnes à travers des pétitions.

(Attention, les images du crocodile tué peuvent heurter la sensibilité de certaines personnes)

Mettre fin au « zoo de la mort »

Mercredi, quelques heures après l’annonce de la mort du crocodile, une énième pétition a été lancée sur Internet, appelant le président tunisien Béji Caïd Essebsi à « punir les criminels du zoo de Tunis », et à « réaménager le zoo, repenser la gestion, la sécurité et former le personnel afin d’éviter ces dérapages. »

Plusieurs appels à manifester le dimanche 5 mars sont également partagés sur les réseaux sociaux, en réaction à « la maltraitance envers les animaux détenus » au parc zoologique du Belvédère, surnommé pour l’occasion le « zoo de la mort ».

Parmi les nombreuses réactions, celle aussi de la députée Hager Ben Cheikh Ahmed, qui rappelle « le même triste sort » d’un phoque il y a quelques mois. Elle annonce également la convocation d’une « réunion urgente » lundi « en vue de mettre en place un plan d’action d’urgence pour sauver le Belvédère et le zoo de Tunis. » Elle propose, à cet effet, l’installation de « caméras de sécurité » et de « barrières de sécurité en plexiglas », ainsi qu’un « classement du site par décret ».

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