Burkina : à sa 25e édition, comment se porte le Fespaco ?

Par - à Ouagadougou

Le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako recevant le prix du meilleur décor pour son film Timbuktu, en mars 2015. © Capture d'écran / www.fespaco.bf

À l'occasion du Fespaco 2017, Ouagadougou enfile son costume de "capitale africaine du cinéma". Retour sur les péripéties de cette biennale, portée à bout de bras par les Burkinabè, et qui dure maintenant depuis près d'un demi-siècle.

Dans le capitale burkinabè, la fête du 7e art bat son plein, à l’occasion de la tenue de la 25e édition du Festival panafricain du cinéma et de télévision de Ouagadougou, (Fespaco) qui se tient du 25 février au 4 mars. Affiches du Festival, salles de projections et rue marchandes bondées, inauguration d’une salle de cinéma par l’entreprise Vivendi, rencontres professionnelles, etc. Ouaga tient son rang de capitale du cinéma continental. Mais après 25 éditions, que faut-il retenir du chemin parcouru du festival depuis la date de sa création, en 1969 ?

« Je dirai que ce chemin n’a pas été un long fleuve tranquille. Réussir le pari de tenir régulièrement une manifestation de cette envergure est à mettre à l’actif de l’État burkinabè, quel que soit le régime, des professionnels et des Africains », commente Baba Hama. Pour l’ancien ministre de la Culture qui a dirigé le Festival pendant douze ans (1996-2008), le Fespaco a pleinement joué son rôle : promouvoir le cinéma africain et nourrir les débats entre professionnels. Et de répondre à une critique récurrente : « J’ai l’impression qu’on demande au Fespaco d’être le vecteur de l’industrie du cinéma africain. Or, la promotion est déjà un maillon de cette chaîne ! ».

Influence grandissante

Il n’empêche que le cinéma en Afrique reste redevable au Fespaco. Son influence sur le 7e art en Afrique ne fait l’ombre aucun doute, admettent les professionnels. Signe de cette influence grandissante, le nombre de films inscrits pour la compétition officielle croît au fil des éditions. Il est passé de 475 en 2011 à plus de 1000 cette année. L’événement mobilise, d’après les organisateurs, quelques 100 000 spectateurs qui vont visionner à travers neufs salles vingt films en compétition pour rafler la prestigieuse récompense, l’Étalon d’or de Yennenga.

« C’est un festival qui se professionnalise d’édition en édition », loue le cinéaste congolais, Balufu Bakupa-Kanyinda. Ce dernier est présent avec deux œuvres : MBamba, en lice pour le prix du court métrage et Congo, le silence des crimes oubliés pour la catégorie documentaire. Le budget de la présente édition estimé à près de 1, 2 milliard de francs CFA est supporté à plus de 50 % par l’État burkinabé, le reste comblé par des sponsors et des bailleurs comme U’nion européenne qui a apporté plus de 160 millions de francs CFA.

Peut-être faudrait-il que les pays voisins donnent un coup de pouce pour amortir les frais ?, glisse Gérard Essomba

« Le Fespaco est devenu une machine trop lourde pour un seul pays. Peut-être faudrait-il que les pays voisins donnent un coup de pouce pour amortir les frais ? « , glisse le cinéaste et comédien camerounais Gérard Essomba, qui plaide également pour une convention collective applicable aux comédiens africains.

La dernière évaluation de l’apport économique du Fespaco, devenu un rendez-vous incontournable des professionnels du cinéma africain, remonte à plus de 15 ans. Elle faisait alors état d’un gain de 1,4 milliard de francs CFA pour l’économie du pays. Ce qui n’élimine pas quelques ombres du tableau. « Le parcours est mitigé. L’organisation reste toujours un défi avec les mêmes failles », critique la comédienne burkinabè Delphine Ouattara, révélée par le Sitcom « Vis à Vis », très apprécié des Burkinabè. Et de déplorer, elle aussi, la grande précarité du travail des acteurs africains.