Cinéma : de #OscarsSoWhite à #OscarsSoRight ?

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Deux comédiens noirs lauréats, dont un musulman, à la cérémonie des Oscars : bonne nouvelle, même si certains n’y voient qu’une discrimination positive en réponse à la négrophobie et à l’islamo-méfiance ambiantes.

Décidément, le petit monde du grand écran est devenu, aux États-Unis, la turbine médiatique de l’opposition au président Donald Trump. Depuis la menace de coup de poing du comédien Robert de Niro, sur Fox News, et l’uppercut verbal de l’actrice Meryl Streep sur la scène des 74e Golden Globe Awards, le monde médusé assiste à un combat de catch entre les riches qui interprètent les pauvres et les opulents qui prétendent parler en leur nom.

En attendant que Tom Perez – aussi chauve que Donald est chevelu – finisse son apprentissage à la présidence du comité national d’un parti démocrate tétanisé par la défaite d’Hillary Clinton, c’est dans la liturgie mondaine du cinéma made in U.S. qu’il faut repérer les tendances politiques.

Hasard ou retour de bâton précoce ? C’est sous un régime aux faux airs de « White power » que semble prendre fin la polémique sur le manque de diversité à Hollywood, singulièrement aux Oscars. Dimanche, la cérémonie des récompenses du septième art nominait six acteurs noirs et en récompensait deux : Viola Davis, pour son rôle de femme trompée dans « Fences » et Mahershala Ali, pour son interprétation d’un dealer affable. C’est également une scientifique noire de la Nasa de 98 ans, Katherine Johnson, qui a été honorée par une standing ovation, à l’occasion de la fiction « Les figures de l’ombre » qui lui rend hommage.

Dénonciation de « trumperies »

Trump suscite-t-il davantage l’empathie pour les non-Blancs que l’aversion de la part de ces mêmes non-Blancs ? Les deux tout autant. En même temps que des artistes noirs recevaient des statuettes dorées, une avalanche de messages politisés déferlaient sur la soirée de gala. Comme de bien entendu, la « trumperie » la plus dénoncée était le décret migratoire du président. Elle inspira le boycott actif du réalisateur Asghar Farhadi, lauréat de l’Oscar du meilleur film en langue étrangère et citoyen iranien choqué par le « manque de respect d’une mesure inhumaine ».

Et comme les sept pays ciblés par le décret polémique sont étiquetés musulmans, les dorures du trophée de Mahershala Ali ne projetèrent pas seulement de la lumière sur la couleur de sa peau. Le succès de l’acteur souligne qu’il est le premier comédien musulman – converti à l’âge de 25 ans – à recevoir la précieuse statuette.

Avec esprit, Mahershala Ali, dès sa sélection, avait tenté de déminer la théorie qui ferait de lui, selon des proches de l’organisation raciste Ku Klux Klan, une simple cerise islamique sur une part de gâteau noir. Renvoyant dans les cordes l’incorrect politiquement correct, le comédien a déclaré « j’espère que je n’ai pas été nommé parce que je suis noir ».

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