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Côte d’Ivoire : incarcération contestée dans la crise du cacao

Unité de transformation du Cacao dans l'usine de Choco Ivoire à San Pedro, dans le sud-ouest de la Côte d'Ivoire. Mars 2016. © Jacques Torregano pour JA

La pression du Conseil café-cacao (CCC) sur les acheteurs et exportateurs de la filière monte d'un cran : l'un d'eux, Ali Darwiche, est poursuivi pour des arriérés de paiement à plusieurs cacaoculteurs dans le département d'Akoupé, indique la plainte du CCC consultée par Jeune Afrique. Il est depuis maintenu en détention.

Ali Darwiche, acheteur de produits agricoles et fondateur de la société Ivoire Négoce d’Akouaba (INA) basée dans la ville d’Akoupé (Sud) fait l’objet d’une plainte de la part de Massandjé Touré-Litsé, la directrice générale du CCC, pour des arriérés de paiement sur les livraisons à crédit de cacao ayant entraîné des manifestations sur la voie publique.

Cette plainte a été déposée auprès du procureur de la République du Tribunal de première instance d’Abidjan à l’encontre d’Ali Darwiche pour l’achat de 1 500 tonnes de cacao dont il ne se serait pas acquitté à la date d’envoi de la plainte, le 24 janvier.

La plainte a été reçue par le tribunal le même jour. « Un tel comportement porte préjudice aux producteurs qui ne profitent pas du fruit de leur labeur et est susceptible d’annihiler tous les efforts entrepris par l’État de Côte d’Ivoire en vue d’améliorer les conditions de vie des producteurs », écrit la patronne du régulateur ivoirien de la filière dans la plainte consultée par Jeune Afrique.

Une manifestation du 23 janvier à Akoupé en cause

Un comportement que Massandjé Touré-Litsé estime contraire à l’article premier bis de la loi 89-521 du 11 mai 1989 relatif à la répression des infractions en matière de commercialisation des produits agricoles. Il prévoit des sanctions contre « tout commerçant, tout acheteur de produits agricoles » qui n’aurait pas payé intégralement le prix des produits livrés aux producteurs un mois après livraison.

La veille de la date de dépôt de la plainte, le 23 janvier, des producteurs de cacao manifestaient dans le département d’Akoupé contre une ardoise de quelque 855 millions de F CFA (1,3 millions d’euros) due par Ali Darwiche à plusieurs producteurs. Cependant, plusieurs témoins entendus par le Parquet après la plainte du CCC, selon les compte-rendus qui ont été également consultés par Jeune Afrique, indiquent que ces arriérés ont été ensuite réglés dans leur intégralité et que les manifestations n’avaient pas pour seule cause le retard de paiement du patron d’INA.

Un tableau récapitulatif des paiements  d’Ali Darwiche, établi par le parquet, montre en effet le règlement de 761 614 kilos de fèves de cacao à 45 producteurs, pour la somme de 837 millions de F CFA.

Cela ressemble à un règlement de compte.

« Nous ne comprenons toujours pas les motivations de cette plainte et le maintien en détention d’Ali Darwiche. Cela ressemble à un règlement de compte », explique une source proche du dossier. Contacté par Jeune Afrique, le CCC a préféré ne pas commenter un dossier en cours d’instructions.

Pendant ce temps, Ali Darwiche est toujours incarcéré à la Maison d’arrêt et de Correction d’Abidjan. « Cette affaire ressemble à un règlement ou un abus de la part du CCC. Pis, comment [est-il possible d’]envoyer au pénal une affaire commerciale ? », s’interroge un proche d’Ali Darwiche.

Le procureur de la République Richard Adou qui suit ce dossier, devrait prendre prochainement connaissance des nouvelles pièces blanchissant l’homme d’affaires.

Dans un contexte de crispation de la filière

Cette affaire intervient dans un contexte de crispation de la filière. Depuis novembre 2016, nombre de producteurs n’arrivent plus à écouler leurs récoltes, quand elles ne restent pas à quai dans les ports du pays ; en raison principalement de la chute de 30% du cours mondial du cacao. Vendredi 17 février, la police ivoirienne a dispersé à coups de gaz lacrymogène une manifestation de producteurs de cacao organisée pour dénoncer le blocage.

A fortiori, la tension ne faiblit pas entre le CCC et les exportateurs regroupés au sein du Groupement des négociants ivoiriens (GNI). Le CCC a interdit aux exportateurs nationaux de réaliser de nouvelles ventes à terme tant qu’ils n’exécuteront pas les contrats d’ores et déjà passés pour la campagne 2016-2017 en cours, comme le rapportait le nouveau site d’informations professionnelles à destination des décideurs et investisseurs en Afrique, Jeune Afrique Business +, le 23 février.

Le cacao est vital pour l’économie ivoirienne. Ce secteur représente 15% du PIB, plus de 50% des recettes d’exportation et, surtout, les deux tiers des emplois directs et indirects du pays, selon la Banque mondiale.

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