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Algérie : les berbéristes en rang dispersé à l’approche des élections législatives

Le site de l'Assemblée populaire nationale, en Algérie, en août 2012. © Magharebia/CC/Wikimedia Commons

Les différentes tendances issues du mouvement kabyle adoptent des postures différentes alors que les élections législatives se rapprochent. Tour d’horizon, du boycott à la participation.

Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a récemment détaillé un peu plus avant son programme électoral, alors que les élections législatives approchent à grands pas, prévues pour début mai.

Ce parti, historiquement lié à la lutte berbère, a avancé plusieurs propositions qui peuvent trouver un écho favorable auprès de l’électorat kabyle. Ainsi, le RCD continue d’exiger une déconcentration accrue de l’État et même « la constitution de parlements régionaux », nous dit Atmane Mazouz, porte-parole du parti.

Une revendication issue en droite ligne des exigences du mouvement amazigh compris au sens large. Autre proposition mise en avant par le parti : une reconnaissance pleine et entière de la langue amazighe et une parité totale avec l’arabe.

L’habitude du boycott

Le parti peut-il pour autant espérer piocher des voix jusque chez les plus irrédentistes de la cause berbère ? « La Kabylie boycotte facilement, mais lorsque nous participons, elle vote » assure Atmane Mazouz, porte-parole du parti. En effet, les électeurs kabyles se déplacent souvent moins que leurs concitoyens. En 2014, alors que le taux de participation à l’élection présidentielle s’établissait à environ 52% à l’échelle nationale, il plafonnait à environ 25% en Kabylie.

Souvent, les jours d’élections sont aussi des journées d’émeutes dans différentes localités de la région, des jeunes tentant régulièrement de saccager des bureaux de vote.

Qu’à cela ne tienne. Pour Mazouz, son parti, qui réalise le plus souvent ses meilleurs scores en Kabylie, « bien implanté dans la région, au contact de la population et des militants berbéristes », saura conquérir le cœur des électeurs. Il lui faudra, tout de même, renouer avec l’exercice électoral : le parti a boycotté les législatives de 2012, ainsi que les présidentielles de 2009 et de 2014.

Cette adhésion de l’électorat kabyle au RCD semble moins sûre pour Arezki Abboute, membre fondateur du nouveau mouvement Rassemblement pour la Kabylie (RPK), créé fin février 2017 à Tizi Ouzou. Ce vieux routard, passé par la case prison dans les années 1980 pour sa participation au Printemps berbère, rappelle : « En dehors de rares exceptions, comme les premières élections plurielles au début des années 1990, la tendance est à la méfiance envers les partis. » Il concède : « Le RCD conserve une base militante réelle dans la région et une composante amazighe claire, plus en tout cas que le Front des forces socialistes (FFS) qui a petit à petit délaissé les revendications berbéristes. »

Le RPK, qui se distingue du fameux Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) en rejetant le mot d’ordre d’indépendance de la Kabylie au profit d’une exigence d’autonomie politique au sein de l’état algérien, donnera-t-il des consignes de vote ? « Pour le moment, nous n’avons donné aucune consigne. Nous préférons nous concentrer sur notre agenda et sur les luttes du peuple kabyle. »

Mais cette logique, visiblement partagée par de nombreux tenants des droits des amazighs, ne doit pas, selon Abboute, pousser le RPK à bouder les échéances nationales : « Nous allons, quelle que soit notre décision définitive concernant les élections, mener notre campagne. » Le RPK profitera du moment de la campagne électorale pour pousser ses revendications auprès de l’opinion publique.

Le MAK : marcher plutôt que voter

Reste le MAK, fondé par le médiatique Ferhat Mehenni qui vit aujourd’hui à Paris, partisan d’un boycott pur et dur du scrutin. Le mouvement, miné par de récentes brouilles internes, continue de rejeter totalement l’idée d’une participation à un scrutin jugé illégitime. Si au RPK on sous-entend que les militants peuvent se laisser tenter par un bulletin RCD, rien de tel au MAK.

Quelques semaines avant les législatives, les militants berbéristes pourront profiter des traditionnelles marches du 20 avril qui commémorent le Printemps Berbère de 1980 pour avancer leurs mots d’ordre. Depuis plusieurs années, les plus gros cortèges sont incontestablement ceux du MAK.

« Certes, le MAK vit une passe difficile, mais il pourra profiter des commémorations de 1980 pour faire monter la tension et mener une campagne efficace » assure un observateur.