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L’argent des Africains : Yacine, directeur d’une entreprise de gardiennage en Guinée – 1 870 euros par mois

Yacine a créé son entreprise en décembre 2014. Aujourd'hui, il emploie 60 salariés. © DR

Cette semaine, l’argent des Africains vous emmène à Conakry, à la rencontre de Yacine Diallo. Chef d’une entreprise de gardiennage qu’il a lui-même créée, il complète son salaire en enseignant à l’université Kofi Annan. Comment dépense-t-il son argent chaque mois ? Il a bien voulu nous en parler.

Quand il termine major de sa promotion en 2007, cet étudiant en droit obtient directement un poste de professeur en institutions internationales, devenant ainsi le plus jeune enseignant de l’université Kofi Annan.

Aujourd’hui, il déplore la désertion des jeunes dans le domaine des relations internationales : « Deux tiers des étudiants juristes choisissent le droit des affaires. Depuis quelques années, il y a beaucoup de créations d’entreprises dans le pays alors les jeunes sont assurés de trouver un emploi. »

Devenir son propre patron

Pour compléter ses fins de mois, il s’engage comme responsable administratif dans une entreprise de travaux publics. Mais très vite, son besoin d’indépendance prend le dessus et il décide lui aussi de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale.

Petit budget en poche, il crée sa société de gardiennage en décembre 2014. Deux ans plus tard, il compte déjà 60 employés mais se plaint d’un marché peu fiable et très difficile à percer. « Nous avons beaucoup de factures impayées et la concurrence est très rude, seuls les doyens du marché remportent les contrats. Le monde de l’entrepreneuriat n’est pas aisé en Guinée… »

La famille, un soutien et une contrainte financière

Malgré des bénéfices instables, il s’assure un salaire confortable de 17 196 780 francs guinéens, soit 1 750 euros. Grâce à l’ascension de sa société, il a pu rembourser ses dettes envers ses proches : « La banque me proposait un prêt à 28% de taux d’intérêt, j’ai donc opté pour le prêt à l’africaine ».

Aujourd’hui il renvoie l’ascenseur en aidant financièrement ses parents. Leur pension de retraite n’étant pas suffisante, Yacine consacre 80 euros par mois à chacun d’eux.

370 euros pour se loger et se nourrir

Sa femme, à la recherche d’un emploi, lui emprunte 200 euros par mois pour faire les courses. « C’est Madame qui s’occupe de la nourriture, je ne suis pas exigeant. » Et « comme toutes les femmes du pays », elle préfère le marché de Cosa ou Kaporo aux grands supermarchés.

Avec leur fille de trois ans, ils habitent une belle maison en location dans la capitale, Conakry. Deux chambres, un salon, une cuisine, une salle de bain et deux terrasses, le tout pour 110 euros par mois auxquels viennent s’ajouter 15 euros d’électricité. Grâce à un système de forage indépendant, il peut tirer de l’eau gratuitement. Le foyer a confié l’entretien de la maison à une femme de ménage, rémunérée au salaire minimum guinéen de 45 euros.

Du confort et une bonne éducation pour sa fille

Yacine se déplace en voiture trois fois plus souvent que sa femme, mobilité de chef d’entreprise oblige. Ensemble, ils dépensent environ 70 euros de carburant. Il utilise la même somme pour recharger le crédit de son téléphone, qui lui sert à la fois pour sa vie professionnelle et privée. Transport et communication réunis, le montant est sensiblement le même que ses revenus d’enseignant : « À raison de six heures par week-end, rémunérées chacune 5 euros, j’empoche 120 euros à la fin du mois ».

Il tient aussi à son abonnement à Canal + Évasion, qui sert principalement à distraire sa fille lorsqu’elle rentre de l’école. Le jeune papa de 34 ans est fier quand il l’entend parler couramment français. Parallèlement à l’école, financée à hauteur de 30 euros par mois, « c’est sa mère, qui maîtrise l’anglais, le français et l’arabe, sa deuxième enseignante. »

Une montagne de projets

Quand il signe de gros contrats avec ses clients, Yacine peut se permettre d’épargner la plus grande partie de son salaire, « pour les grosses urgences » ou pour s’assurer la liberté de construire de nouveaux projets. Lui et sa femme sont démangés par l’envie de voyager. L’Europe, les États-Unis, l’Arabie Saoudite où Madame a grandi ? Qu’importe, tant qu’ils peuvent courir le monde. Yacine connaît déjà bien l’Afrique de l’Ouest pour avoir voyagé dans de nombreux pays, mais il veut voir comment « les gens vivent ailleurs ».

Avant ce tour du monde touristique, il aimerait bien ouvrir une salle de gym « pour que Madame puisse gérer son propre commerce ». Si Yacine ne manque pas d’ambition pour son entreprise comme pour sa vie familiale, c’est qu’il veut assurer un bel avenir à sa fille et son second enfant, qui pointera le bout du nez dans quelques semaines. Et pour réussir dans la vie, il ne se lasse pas de répéter que seule la persévérance porte ses fruits.

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