CAN 2015 et Ebola : psychose et stigmatisation dans les stades

Le Sierra-Léonais Mohamed Kamara est visé par des mesures restrictives. © François Nascimbeni/AFP

Les footballeurs originaires des pays touchés par l'épidémie sont durement stigmatisés lors des rencontres qualificatives pour la Coupe d'Afrique des nations. Témoignages.

Dans certains pays d’Afrique, il n’est pas bien vu d’être originaire d’un État touché par le virus Ebola. Michel Dussuyer, le sélectionneur français de la Guinée – l’autre équipe, avec celle de la Sierra Leone, contrainte par l’épidémie qui sévit sur son territoire de disputer sur terrain neutre ses rencontres qualificatives pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2015 -, a pu s’en rendre compte lorsque le périple du Syli national a débuté. En août, les Seychelles avaient par ailleurs déclaré forfait pour ne pas recevoir la Sierra Leone.

"On nous a signifié qu’on ne pourrait pas jouer à Conakry", explique le Français. La Guinée, qui avait la possibilité de "recevoir" à Dakar, a finalement pris ses quartiers à Casablanca, au Maroc, pays qui a d’ailleurs demandé le report de la compétition qu’il doit organiser début 2015, du 17 janvier au 8 février. "Nous avons déjà joué deux matchs au Maroc et nous y affronterons sans doute l’Ouganda le 19 novembre. Il n’y a aucune hostilité à notre égard. Et l’accueil a été excellent au Ghana le 15 octobre. Mais cela n’a pas été le cas en Ouganda en septembre", confie-t-il.

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Les tracasseries ont en effet commencé avant même le voyage à Kampala, quand les autorités ougandaises ont imposé à la délégation guinéenne de limiter son contingent à 25 personnes au lieu de 35, obligeant Dussuyer à retenir 18 joueurs plutôt que 23. Et à l’aéroport d’Entebbe, les Guinéens ont reçu un accueil très particulier.

"On sentait une certaine stigmatisation, poursuit le sélectionneur. On nous a mis dans une file bien à part, pour nous faire passer les contrôles censés détecter les cas douteux. À l’hôtel bas de gamme où nous étions logés, le personnel n’était pas très convivial. Et au passage de notre bus, ou dans le stade, des gens criaient "Ebola, Ebola"…" Une discrimination vécue également par la Sierra Leone. "Au Cameroun, mes équipiers ont été exclus de leur hôtel. Et à Lubumbashi, en RD Congo, tout le stade criait "Ebola, Ebola"…", a confié l’international Kei Kamara au quotidien sportif français L’Équipe, le 12 octobre.

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Le Guinéen Alhassane Bangoura, sous contrat avec le club espagnol du Rayo Vallecano, a lui aussi vécu une situation tendue. Alors qu’il se trouvait au Maroc pour affaires personnelles (le joueur ne fait pas partie de la sélection guinéenne), les médias ibériques ont rapporté – sans vérifier s’il était en contact avec des joueurs guinéens – que l’attaquant avait été prié par son employeur espagnol de quitter Casablanca, où la Guinée se préparait.

Quant au milieu de terrain sierra-léonais Mohamed Kamara, il s’est vu interdire d’entraînement pendant trois semaines par les dirigeants de son club grec, le PAS Lamia, à son retour du Cameroun, où il venait de disputer deux matchs qualificatifs pour la CAN. Une mesure assortie d’une interdiction de fréquenter les installations du club pendant la même durée, soit le délai d’incubation du virus. Vous avez dit "psychose" ?

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