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Mali : le manque d’équipement des patrouilles mixtes suscite les critiques

Par - à Gao

Des soldats maliens, le 12 juillet à Gao. © AFP

Le lancement des patrouilles mixtes à Gao, jeudi, suscite déjà de fortes critiques. Alors qu'ils dépendent du ministère de la Défense, les soldats déployés sur le terrain manquent cruellement de moyens. Ils sont pourtant censés être déployés en première ligne contre le terrorisme.

Plusieurs fois reportées, les patrouilles mixtes ont finalement démarré jeudi 23 février à Gao. Une cinquantaine d’hommes en tenues et chèches verts foncé ont quitté leur camp du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC), où un attentat à la voiture piégée a fait 54 morts le 18 janvier dernier, dans une douzaine de véhicules pour se rendre dans le centre-ville.

Officiellement, la patrouille est un succès. Pourtant, de graves insuffisances ternissent le bilan de cette première sortie. « Aucun soldat du MOC n’a de gilet pare-balles, alors que nous sommes censés partir sur un terrain où nous pouvons rencontrer toutes sortes de danger », fait remarquer un officier du MOC. « Ce n’est pas normal, les soldats du MOC sont des militaires maliens et dépendent du ministère de la Défense. Tous les autres soldats engagés sur des théâtres d’opération ont des gilets pare-balles, sauf les nôtres », déplore le même officier.

Pas d’armes collectives

Mais le bataillon du MOC, qui comprend environ 600 soldats, ne manque pas que de gilets pare-balles. Les soldats n’ont pas d’armes collectives non plus. « Pas même des armes de types 12.7, pourtant incontournables sur le terrain, qui devraient être installées sur les véhicules », nous confie une autre source militaire de la Minusma. « Le gouvernement malien a fourni aux soldats du MOC des tenues, quelques armes légères qui manquaient et les voitures, mais il n’a pas les moyens de doter à 100% les soldats du MOC, qui est une recommandation de l’accord de paix. Et les partenaires avaient promis de nous aider dans son application », rappelle un fonctionnaire malien au gouvernorat de la ville de Gao.

Les partenaires du Mali, comme Barkhane et la Minusma, ne veulent pas entendre parler de cette question

De leur côté, les partenaires du Mali, comme Barkhane et la Minusma, ne veulent pas entendre parler de cette question. « Les soldats du MOC sont des soldats maliens, et c’est au gouvernement de faire le nécessaire, comme il l’a fait pour les autres unités maliennes », explique une source de la Minusma, à Gao.

Pourtant, les soldats du MOC devraient être au premier rang dans la lutte contre le terrorisme, ce dont les djihadistes présents dans le nord du Mali ont bien conscience. Dans la région de Gao, le groupe Al-Mourabitoune de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar a envoyé plusieurs audios et communiqués incitant les combattants des groupes armés signataires de l’accord de paix à ne pas participer au MOC.

Solutions alternatives

Dans la région de Tombouctou et de Taoudenit, Talha Al-Libye, le chef de la katibat Al Foughane, a lui aussi mis en garde les populations du Nord contre les patrouilles mixtes. Et les menaces des terroristes sont bien réelles, comme l’a rappelé l’attentat du 18 janvier à Gao.

En attendant de trouver une issue au manque d’armement, le gouvernement malien et la Minusma tentent des solutions alternatives. Pour conforter le moral des soldats à la veille du lancement de la patrouille mixte, par exemple, « tout le monde a reçu son pécule [salaire du mois, NDLR] », nous confie un officier malien. Et la Minusma a déployé ses hélicoptères dans le ciel de Gao et ses blindés au sol, pour appuyer les soldats en patrouille.

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