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Eaux usées : l’espagnol Salher mise sur l’Afrique subsharienne

Des réacteurs biologiques qui peuvent avoir une capacité de 85 000 litres (ici, dans le sud de l’Algérie) © DR

Spécialisée dans la fabrication de stations d’épuration, l’entreprise familiale, jusque-là présente au Maghreb, multiplie depuis deux ans les projets au sud du Sahara.

Serait-ce le fait d’une réglementation plus exigeante ? En tout cas, comme le constate Redouane Moussaoui, responsable des ventes chez Salher, depuis deux ans son carnet de commandes ne désemplit pas au sud du Sahara.

Née en 1980 et basée à Madrid, cette entreprise familiale espagnole qui emploie 50 salariés livre de plus en plus de stations compactes d’épuration en particulier en Côte d’Ivoire, mais aussi au Cameroun, au Sénégal et au Nigeria, et, plus rarement, au Ghana, au Congo, au Kenya et en Afrique du Sud.

Alors que jusqu’ici la demande y était sporadique dans la zone, l’entreprise, plus habituée aux marchés de la péninsule Ibérique, du Maghreb et de l’Amérique latine, a pris conscience du potentiel de son produit en Afrique subsaharienne.

L’entreprise madrilène, à l’origine fabricante de « cuves de rétention en polyester de fibre de verre » destinées au stockage de produits dangereux pour l’environnement, a concrétisé une douzaine de projets sur le continent. Sur les 3,5 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisés en 2016, 700 000 proviennent d’Afrique. Et elle continue à démarcher de nombreux clients au travers de foires, de salons ou de missions commerciales.

Il y a une quinzaine d’années, un pétrolier pouvait déverser 100 m3 d’eaux usées dans la nature.

Ses cibles ? Écoles, hôpitaux, casernes, bases de tourisme ou dépôts pétroliers, qui rejetaient jusqu’ici leurs eaux usées dans leur environnement immédiat. « Il y a une quinzaine d’années, un pétrolier pouvait déverser 100 m3 d’eaux usées dans la nature », rappelle Redouane Moussaoui, dont la mission chez Salher est de développer les marchés maghrébin et subsaharien.

Par un procédé biologique simple et une ligne de traitement par aération, décantation et filtration, au travers de cuves le plus souvent enterrées – si le sol est trop rocheux ou la nappe phréatique trop élevée, comme c’est le cas par exemple en Mauritanie  –, l’eau est transformée pour être apte au rejet en milieu naturel.

La recette ? « On a introduit un système d’aération, un diffuseur de fines bulles dans les cuves pour en faire des stations de traitement d’eaux usées », explique le représentant de la firme. Une unité coûte 100 000 euros en moyenne, auxquels s’ajoutent les frais d’installation. L’entreprise dispose de trois usines, en Espagne, au Portugal et en Pologne. Les stations sont transportées par voie maritime. Mais avec des frais de transport qui peuvent, sur des longues distances, être équivalents au prix des stations, elle n’a encore vendu aucune unité en Afrique de l’Est.

Salher n’est bien sûr pas la seule à proposer ce type de produits, que vendent également des entreprises comme Degrémont (filiale de Suez) ou Elessia. D’autres solutions compactes existent, rappellent Joseph Pronost, directeur du Centre national de formation aux métiers de l’eau, à l’Office international de l’eau, comme les disques biologiques dans lesquels l’eau usée circule pendant que prolifèrent les bactéries qui éliminent la pollution, les boue activées, les lits bactériens.

Une station d’épuration compacte peut se révéler utile et intéressante.

« Une station d’épuration compacte peut se révéler utile et intéressante quand il n’y a pas de place autour, mais demeure contraignante en ce qui concerne la maintenance et l’entretien des pompes, et demande de l’énergie », explique l’expert. Certaines organisations humanitaires peuvent parfois contribuer à l’achat de ces stations pour fournir des villages isolés, indique Redouane Moussaoui. Mais leur coût d’exploitation ne les met pas à la portée de toutes les bourses.

Salher a aussi commercialisé au Tchad, au Niger, au Cameroun et en Guinée des séparateurs de particules qui permettent d’éviter la contamination des égouts par des rejets d’hydrocarbures. Garages, stations-service, pistes d’atterrissage, autant de clients potentiels que l’entreprise espagnole compte bien rendre réels à la faveur d’une prise de conscience environnementale sur le continent.

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