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Zimbabwe : Grace Mugabe, une « formidable force politique » capable de succéder à son mari ?

Robert Mugabe et son épouse Grace Mugabe en février 2016. © Tsvangirayi Mukwazhi/AP/SIPA

Robert Mugabe, qui fêtait hier ses 93 ans, continue d’affronter les tensions au sein de sa formation politique, la Zanu PF. Si la guerre de succession n’est pas nouvelle, l’âge avancé du Président est un facteur de plus en plus présent dans les esprits.

Ce mercredi 22 février, dans les rues de Bulawayo, la deuxième ville du pays, les gros titres affichent leur interrogation quant à la possible succession de Robert Mugabe. De nombreux journaux évoquent notamment les dernières louanges du Président à son épouse, âgée de cinquante et un ans. Une entreprise de glorification qui a de quoi surprendre au vu des termes employés par le Chef de l’État.

Dans un entretien accordé à la télévision nationale à l’occasion de son anniversaire, le nonagénaire a de fait qualifié sa femme de « feu d’artifice bien épicé et désormais capable d’affronter les tensions politiques au sein du parti ».

Alors qu’il a toujours affirmé ne voir personne parmi ses ministres et son entourage capable de lui succéder, le président zimbabwéen semble changer de tactique et évoquer timidement la possibilité d’une passation de pouvoir. Celui qui dirige le pays depuis 37 ans décrit la Première dame comme « une formidable force politique »et l’appelle « Doctor Amai », ce qui veut dire maman en shona.

Une personnalité controversée

Présidente depuis 2014 de la ligue des femmes de la Zanu PF, le parti au pouvoir, Grace Mugabe est détentrice d’un doctorat en sociologie obtenu en un temps record et de façon douteuse. Ses résultats d’examen n’ont été dévoilés que partiellement et son mémoire de fin d’études est introuvable à la bibliothèque de l’Université du Zimbabwe, la faculté de grande renommée qui lui a décerné son diplôme.

Dans la même interview télé, le Président évoque « la popularité » de sa femme auprès des Zimbabwéens, même s’il connait les réticences de certains membres du Parti qui la jugent ambitieuse et avide de pouvoir. Les guerres intestines qui ravagent la ZanuPF sont le théâtre de nombreuses menaces et limogeages, comme celui de la vice-présidente Joice Mujuru il y a deux ans et demi, désormais investie dans les rangs de l’opposition.

Ses détracteurs la surnomment « Disgrace » ou « Gucci Grace ».

Aussi, l’hostilité affichée des vétérans de guerre à l’égard du couple Mugabe est une source de tension supplémentaire, comme la cote de sympathie grandissante du vice-président Emmerson Mnangagwa, désigné par beaucoup comme favori à la succession.

Grace Mugabe, l’ancienne secrétaire du Président, est surnommée par ses détracteurs « Disgrace » ou « Gucci Grace », en raison de son goût pour le luxe. Adepte des menaces et des phrases chocs, au cours d’un rassemblement organisé ce 17 février, elle n’a pas hésité à déclarer à propos des élections de 2018 : « Même si Mugabe était un cadavre, les gens voteraient toujours pour lui ».