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Scolariser, c’est bien… mais il faut aussi scolariser mieux

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Dominique Ouattara est l'épouse d'Alassane Ouattara, président de la République de Côte d'Ivoire. Anciennement chef d’entreprise, elle se consacre aux activités de sa Fondation Children of Africa depuis l’élection de son époux, ainsi qu'au Fonds d'appui aux femmes de Côte d'Ivoire (FAFCI) qu'elle a fondé en 2012.

Une classe de l'école primaire de Kibuye, dans le bidonville de Katwe, à Kampala, le 14 octobre 2016. © Stephen Wandera/AP/SIPA

Tout le monde s’accorde à le dire : l’Afrique est un continent d’avenir.

Un futur qui repose en grande partie sur les épaules de nos jeunes. Il est donc de notre devoir de leur donner dès maintenant les moyens de le construire. Scolarisation, éducation, apprentissage… C’est à nous de leur offrir aujourd’hui la capacité de franchir les étapes de demain. Si d’importants progrès ont été réalisés en matière d’éducation sur notre continent ces dernières années, il reste encore des défis à relever, au premier rang desquels celui de la qualité de l’enseignement prodigué.

L’année 2016 finissait sur un constat positif : il n’y a jamais eu autant d’enfants scolarisés dans le monde qu’au cours de cette année. Le taux d’alphabétisation des jeunes dans le monde a augmenté. La tendance concerne en particulier l’Afrique subsaharienne, où le taux de scolarisation en primaire a gagné 20 points depuis l’an 2000. L’Afrique est donc bel et bien en progression dans le domaine. Mais il faut tout de même rester vigilant, car malgré des progrès incontestables, la situation peut et doit encore être améliorée. L’éducation des enfants du continent africain est un défi de tous les jours. C’est pour cette raison que j’ai fondé Children of Africa en 1998 qui n’a de cesse, depuis lors, d’apporter son aide à notre jeunesse.

Des problématiques diverses

Malgré des améliorations notables, la situation en Afrique reste préoccupante. Ainsi, un récent rapport diffusé le 19 décembre 2016 par l’Observatoire international de la démocratie et de la gestion des crises et conflits (OIDEC) et l’African Child Policy Forum (ACPF), fait état de 34 millions d’enfants africains toujours non scolarisés, « soit plus de la moitié du nombre mondial des enfants non-scolarisés ». Le rapport avance également que ces mêmes enfants « sont peu susceptibles » de retrouver les bancs de l’école un jour… La problématique du taux de scolarisation est donc toujours d’actualité sur notre continent, mais ce n’est pas la seule. En effet, la qualité de l’enseignement qui est dispensé dans nos écoles est aussi à l’ordre du jour.

Une éducation de mauvaise qualité équivaut presque à une absence d’éducation

La focalisation sur le taux de scolarisation peut en effet occulter un autre critère pourtant primordial : la qualité de l’apprentissage. Afin d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en matière d’éducation, certains ont suivi une politique quantitative, qui ne peut que traiter les symptômes et non les racines du problème. Il y a deux ans, l’Unesco mettait en lumière « une crise globale de l’apprentissage » : classes surchargées, enseignants mal formés, manque de matériel… La vraie valeur de l’enseignement ne se trouve pas dans les chiffres, mais dans ce que les élèves apprennent. Une éducation de mauvaise qualité équivaut presque à une absence d’éducation.

On estime aujourd’hui que 250 millions d’enfants actuellement scolarisés n’acquièrent pas les bases en lecture et en mathématiques, du fait d’un enseignement inefficace ou inadéquat. 25 % à 75 % des enfants des régions les plus démunies ne peuvent pas lire, en dépit de plusieurs années d’école.

Il est donc extrêmement important, lorsqu’on aborde le sujet de la scolarisation des enfants, de prendre en compte ces deux aspects que sont le taux de scolarisation et la qualité de l’enseignement. C’est en tout cas la vision que nous avons adoptée au sein de la Fondation Children of Africa. En plus de distribuer des kits et tenues scolaires, nous cherchons à moderniser les infrastructures en installant des salles multimédias, en fournissant de nouveaux matériels pédagogiques, en distribuant autant de livres scolaires récents et adaptés que possible. Le challenge n’est pas uniquement de faire rentrer les enfants dans les écoles, mais de faire en sorte qu’une fois inscrits, ils y reçoivent un enseignement de qualité.

Les bienfaits d’une éducation de qualité

Les effets positifs qu’entraîne la mise en place d’un système éducatif de qualité sont nombreux, et visibles dans des domaines très divers. Ainsi, la Banque mondiale estime que si tous les enfants quittaient l’école avec des compétences de base en lecture, 171 millions de personnes pourraient sortir de la pauvreté — soit un recul de 12 % de la pauvreté mondiale. De plus, une année de scolarité supplémentaire peut augmenter les revenus d’un individu de 10 %. Par ailleurs, le renforcement du système éducatif d’un pays peut avoir un impact significatif sur son produit intérieur brut (PIB), tout en stimulant sa productivité. D’après l’UNESCO, « lorsque le niveau d’instruction moyen de la population d’un pays donné augmente d’une année, la croissance annuelle du PIB par habitant progresse de 2 à 2,5 % ».

Il ne faut pas non plus négliger l’impact que peut avoir l’éducation dans le domaine de la santé. Un individu à qui l’on a dispensé certains enseignements sera beaucoup plus à même de se soigner correctement, de mieux comprendre les dosages et prescriptions des médicaments, et d’avoir des comportements moins à risque pour sa santé et celle de sa famille. Ainsi, toujours selon l’Unesco, « si toutes les femmes avaient achevé l’enseignement primaire, la mortalité maternelle diminuerait de deux tiers, sauvant chaque année 189 000 vies humaines » et « la mortalité infantile diminuerait d’un sixième, épargnant chaque année près d’un million de vies humaines. »

La mise en place d’un système éducatif de qualité, gratuit et ouvert à tous, crée un cercle vertueux. En effet, l’éducation n’influence pas uniquement ceux qui la reçoivent dans les écoles ou les universités, mais aussi leur entourage. La transmission du savoir se fait en premier lieu au sein de la cellule familiale. Ainsi, la scolarisation d’un enfant lui est bénéfique, mais l’est également pour ses parents et ses frères et sœurs. L’éducation des jeunes générations joue donc un rôle majeur dans le développement d’un pays tant sur le plan économique que social.

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