Côte d’Ivoire : retour sur la première journée du procès des disparus du Novotel

L'ancien commandant de l'ex-garde républicaine, Brunot Dogbo Blé, le 21 février 2017 au tribunal de Yopougon. © Jeune Afrique

Ils étaient nombreux à craindre un nouveau report dans la salle d'audience du tribunal de Yopougon, où s'est finalement ouvert mardi 21 février le procès "des disparus du Novotel".

Peu à peu, les craintes se sont dissipées. « Je vois que cette fois-ci, les dix accusés sont présents », s’est ainsi félicité le président de la cour, en référence à l’absence de cinq prévenus ayant fin janvier motivé un deuxième report.

Les débats sourcilleux de procédure et les affirmations d’un des prévenus, assurant ne pas avoir reçu les conseils de son avocat commis d’office, n’auront donc pas causé un nouveau renvoi, qu’aucune des deux parties ne souhaitaient.

Les accusés salués par leurs partisans 

L’audience a donc commencé par la présentation des dix personnes dans le box des accusés. Dix Ivoiriens, dont les noms, âges, et situations matrimoniales ont longuement été égrenés. Parmi eux : plusieurs anciens hauts gradés de l’armée ivoirienne : l’ancien commandant de l’ex-garde républicaine Bruno Dogbo Blé, les colonels Jean Aby et Léopold Mody Ohoukou, mais aussi Osée Loguey, ex-commissaire de police, tous salués par leurs partisans venus en nombre au premier jour du procès.

S’est ensuivi, pendant près d’une heure trente, la fastidieuse lecture des charges : arrestation illégale, séquestration avec violences, assassinat et complicité d’assassinat, disparition de cadavres. Un arrêt de renvoi retraçant surtout l’enchaînement de cette macabre journée du 4 avril 2011, au cours de laquelle Stéphane Frantz Di Rippel, alors directeur de l’hôtel Novotel d’Abidjan, Yves Lambelin, directeur général du géant ivoirien Sifca, ainsi que ses collaborateurs béninois Raoul Adeossi et malaisien Chelliah Pandian avaient été enlevés au Novotel d’Abidjan avant d’être torturés et tués, a affirmé la greffière. Près de six ans après les faits, leurs corps, à l’exception des restes de Yves Lambelin, n’ont jamais été retrouvés.

« Nous pouvons nous réconcilier grâce à l’appareil judiciaire »

Des accusations dont n’ont pas débattu les avocats de la défense, préférant dans un premier temps remettre en cause la compétence du tribunal de Yopougon. « Seul un tribunal militaire peut instruire et juger un militaire, la loi est très claire. Monsieur le Président, vous devriez vous déclarer incompétent », a affirmé Maître Ange Rodrigue Dadjé, avocat de plusieurs des accusés.

« Vous êtes parfaitement compétent car deux des accusés n’étaient pas militaires », a rétorqué Me Kacou Luc Adje, côté partie civile. La réponse de Pierre-Olivier Sur, avocat français de la famille de Stéphane Frantz Di Rippel et du groupe AccorHotels, fut plus tranchante : « Ce ne sont pas des militaires. Ils étaient des miliciens, sans grade, sans ordre, dans un État qui n’en était plus un ». Grondement dans la salle d’audience, remplie d’une grosse centaine de personnes, dont bon nombre de partisans de Bruno Dogbo Blé et de ses neuf co-accusés.

Une colère sourde qu’a exprimé l’un des avocats de la défense. « Je voudrais dire à Maître Sur qu’on ne peut pas venir ici et dire que notre État n’en était plus un, ça m’a fait mal d’entendre ça », affirme-t-il quelques minutes avant la fin de la première journée d’un procès très politisé, censé permettre de tourner une page de la crise post-électorale. « Nous pouvons nous réconcilier grâce à l’appareil judiciaire, mais dans la légalité », a ainsi asséné Me Ange Rodrigue Dadjé. Les audiences doivent se poursuivre ce mercredi.