Après le départ de Yahya Jammeh, Senexit ou Senegambie ?

par

Cheikh Mouhamed Heiba Dieng est directeur d'Educatec.

A Serrekunda en Gambie, le 19 janvier 2017, après la prestation de serment d'Adama Barrow. © Jerome Delay/AP/SIPA

Nous avons tous vécu avec effarement le dénouement du processus électoral en Gambie. Cette tragédie a eu lieu dans notre propre chair. Nous disons « notre », car l’événement a lieu au cœur d’un même peuple que je nommerai pour l’occasion Gambisen ou Sengambie.

Ces deux peuples sont séparés par une frontière virtuelle : la langue du colon.

Tous les acteurs sont d’accord pour dire que la crise en Casamance est due à la discontinuité du territoire Sénégalais. Cela devient inéluctable : à long terme, la Gambie et le Sénégal devront fusionner et redevenir un même peuple.

L’obstacle à cette réunification est la différence des langues héritées de la période coloniale. Force est de constater que les pays anglophones ont mieux réussi la période post-coloniale que leurs  pairs francophones. La nature du rapport paternaliste de la France avec ses anciennes colonies, et le refus de celle-ci de les libérer définitivement  ont été désastreux.

Notre « chère » France a exploité ces colonies en utilisant la technique de la terre brûlée. Il ne nous reste plus rien. Au moment où la France est en train de sombrer, elle demande secours à ces anciennes colonies. Si elle ne s’était pas opposée au développement de nos États, elle ne serait pas dans cet état à l’heure actuelle.

Le glas a sonné.

Les coups d’États et l’élimination physique des leaders nationalistes nous ont empêchés de tourner en rond. Pendant ce temps le Sud-Est asiatique se développait de façon homogène sur toute son étendue. Les pays les plus riches (Australie, Japon, Nouvelle-Zélande…) ont développé les plus pauvres, en opérant des transfert de technologie (le Vietnam, la Malaisie, l’Indonésie, la Thaïlande, etc.). Ces pays ont un tissu économique solide pour concurrencer les autres marchés régionaux.

Bref le glas a sonné. Une nouvelle génération de jeunes sans complexe est entrain de remettre en question un des vestiges important de la colonisation : je veux dire le Franc CFA. Cette attitude de nos jeunes remplit nos cœurs d’espoir.

Quand aux hommes de ma génération, qui sont plus proches de la tombe, nous devons lever le pied pour permettre à cette jeunesse de développer sa propre vision. Notre objectif n’est pas de donner des solutions mais d’ouvrir un débat intellectuel serein.

Pourquoi pas ce slogan : Senexit !

Puisqu’il s’agit d’un débat, proposons humblement notre point de vue et tirons notre révérence. Puisque c’est dans l’air du temps, pourquoi pas ce slogan : Senexit !

Le paradigme rwandais peut être salutaire pour nous. Adoptons dans un premier temps, progressivement, le bilinguisme pour ensuite basculer complètement vers l’anglais. La langue anglaise est très attractive. Elle offre plusieurs avantages :

  • elle est parlée dans tous les pays du monde; même les scientifiques français font leurs publications en anglais ;
  • pendant que l’Internet anglophone occupe les 90% des sites, la fenêtre francophone n’occupe que 5%. Vous conviendrez comme moi, qu’à l’heure du savoir, notre champ de vision sur le net est très réduit ;
  • renier la langue Française permettrait à la jeune génération de mieux appréhender l’avenir d’un passé lourd de servitude et de brimades ;
  • en basculant sur le système administratif anglophone, nous opérerons une intégration plus facile de nos deux pays respectifs ;
  • des jeunes de part et d’autres des deux pays, pour le moment Gambiens et Sénégalais, pourront se former dans un même  système anglo-saxon. D’autant plus que nos jeunes s’expriment mal en français.

De grâce libérons nous, définitivement, du joug colonial.

C’est à nous, Sénégalais, de tendre la main à la Gambie. Pour l’amour de nos frères et sœurs, nous devons si nécessaire nous faire violence. Progressivement, le plus naturellement, les deux entités vont fusionner et former un seul État, qui pourra se convertir en plusieurs fédérations et rompre avec l’État central hérité de la France.

Nous pensons qu’il est grand temps de nous séparer de notre tuteur pour le bien des futures générations africaines. Parler la même langue que le Nigeria, l’Afrique du sud, pour ne citer que ces géants, nous rapprochera davantage de nos frères Africains. De grâce libérons nous, définitivement, du joug colonial. Ne faisons pas comme l’esclave libéré qui revient toujours l’air hagard devant la porte de son ancien maître !

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici