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Maroc : le passage de 850 migrants à Ceuta en 72 heures fait polémique

Des migrants clandestins aux baords de Ceuta le 17 février 2017. © Jesus Moron/AP/SIPA

En un week-end, près de 850 migrants subsahariens ont forcé les frontières de l'enclave espagnole de Ceuta. Le Maroc a-t-il laissé faire, histoire de faire pression sur son partenaire européen ? Le timing de l'événement en intrigue plus d'un.

Près de 850 migrants clandestins ont franchi la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta entre le vendredi 17 février et les premières heures du lundi 20 février. En l’espace de 72 heures, le nombre de migrants qui ont pu entrer à Ceuta équivaut donc à celui qui entre dans les deux enclaves espagnoles en un an, si l’on se réfère aux statistiques de l’agence Frontex, chargée de la gestion et de la coopération aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne (UE).

En 2016, celle-ci a signalé que près d’un millier de clandestins avaient pu franchir les frontières des deux villes espagnoles. 

« Manœuvre marocaine » ?

Très vite, la responsabilité du Maroc a été engagée. La presse européenne a fait le lien entre ces assauts et les récentes menaces proférées par Rabat à l’encontre de l’Union européenne au sujet de l’accord agricole. « Ceuta: Derrière les passages de migrants, une manœuvre marocaine ? », s’interroge ainsi l’hebdomadaire L’Express. « Rabat est en froid avec Bruxelles et a menacé à demi-mot de relâcher le contrôle exercé sur les migrants », assure de son côté l’AFP.

Début février, dans un communiqué sévère, le département du ministre de l’Agriculture marocain, Aziz Akhannouch, avait prévenu l’UE que toute atteinte à la souveraineté du Maroc sur la question du Sahara dans l’accord agricole l’exposerait à « un véritable risque de reprise des flux migratoires que le Maroc, au gré d’un effort soutenu, a réussi à gérer et à contenir ».

« Dire que nous avons fermé les yeux sur ces entrées massives est absurde et dénué de tout fondement. Si le Maroc veut vraiment faire pression sur l’UE, il aurait pu y aller franco, comme il avait fait en décembre 2015, lorsqu’il a décidé de geler sa coopération avec elle (suite au verdict du Tribunal européen annulant l’accord agricole, ndlr) », s’indigne un membre du gouvernement marocain.

Ces allégations sont d’autant plus « insensées », ajoute-il, que dix membres des forces de l’ordre marocaines ont été blessés lors de ces entrées massives, preuve que Rabat « a fait son boulot » pour empêcher ces assauts.

Autre argument : la diplomatie marocaine « s’est réconciliée » avec son homologue européenne, suite à la visite du ministre Nasser Bourita à Bruxelles début février.

Plusieurs blessés graves

Dans la même veine, Hicham Rachidi, membre du groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants (Gadem), estime qu’il n’y a aucun lien « de cause à effet » entre les menaces marocaines au sujet de l’accord agricole et les assauts du week-end dernier.

« Je pense plutôt que c’est le ratissage policier qui a eu lieu le 15 février près de Nador et de Melilla qui a provoqué ce raz-de-marée. Fuyant les représailles, les migrants se sont rabattus sur Ceuta et ont forcé les barrières pour sauver leur peau », croit-il savoir.

Contacté par Jeune Afrique, l’association Mains Solidaires, une ONG qui accueillie les migrants Subsahariens, basée à Tétouan, non loin de Ceuta, affirme, pour sa part, que huit migrants ont été blessés dans l’assaut du week-end dernier, et que deux d’entre eux sont dans un état grave.

« Nous n’avons pas encore pu recueillir leurs témoignages sur ce qui s’est passé », signale Chirine El Hadnouni, responsable Communication de cette ONG. Elle précise néanmoins que l’assaut a eu lieu au niveau de Sidi Brahim côté marocain, un lieu fréquenté par les clandestins  qui souhaitent atteindre l’Europe. 

Mariano Rajoy du côté du Maroc 

Vu d’Espagne, le Maroc « joue » avec la question sensible des frontières. « Ces assauts sur la frontière de Ceuta font craindre une nouvelle crise migratoire autorisée par le Maroc », titre le quotidien conservateur madrilène ABC.

Mais ce n’est pas la position du gouvernement espagnol qui s’est montré plus modéré. « Le Maroc a fait tout ce qu’il pouvait. Mais il y a parfois des batailles qui ne sont pas faciles à mener », a ainsi déclaré le chef du gouvernement, Mario Rajoy, dans une conférence de presse donnée à l’issue du sommet franco-espagnol, le lundi 20 février, à Malaga.

Et d’ajouter : « Notre relation avec le Maroc est magnifique et elle profite à tous les Européens ». Un signal clair en direction de Bruxelles.

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