Do you know Djibouti ?

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François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Le Doraleh Container Terminal (DCT), terminal à conteneurs de Djibouti, en janvier 2015. © Vincent Fournier/JA

Posée d’une voix grave par un vétéran de l’armée américaine assis sur son rocking-chair dans un clip publicitaire pour Coca-Cola, la question ne cesse d’obséder le président Ismaïl Omar Guelleh (IOG), que François Hollande recevra la semaine prochaine à l’Élysée.

« Connaissez-vous Djibouti ? » ou comment faire exister un micro-État scandaleusement doté par la géopolitique et donc objet de toutes les convoitises. IOG a trouvé la réponse : l’indépendance dans la multidépendance. Français, Américains, Japonais, Européens de l’opération Atalante y ont installé des bases ou des facilités militaires, en échange d’un loyer et d’une sorte de protection partagée de l’intégrité territoriale de Djibouti, toute l’habileté de Guelleh étant d’intégrer très tôt le fait que l’ex-puissance coloniale ne pouvait à elle seule garantir l’avenir sécuritaire du pays.

L’ancienne métropole en eût-elle été capable d’ailleurs que cette indépendance aurait eu quelque chose de profondément malsain – comme la perpétuation sous un autre nom du « Territoire français des Afars et des Issas ». De la France, outre les Marsouins du quartier Monclar, Djibouti a conservé un butin de guerre : la langue. Avec bien du mérite d’ailleurs, Paris et l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) n’ayant pas fait grand-chose pour préserver cette enclave où le français fait foi dans tous les documents officiels, y compris pour les contrats conclus avec des investisseurs américains ou asiatiques.

C’est donc sans complexe aucun qu’IOG a inséré Djibouti dans la stratégie de la route de la soie élaborée par le président Xi Jinping, en tant que maillon essentiel du réseau planétaire de maintenance et de protection des lignes de communication maritimes chinoises. Bientôt, 80 % des bateaux en transit dans le détroit de Bab al-Mandeb seront chinois : pour la future première puissance du monde (dixit Mahathir Mohamad, le père de la Malaisie moderne), la question « Do you know Djibouti ? » ne se pose donc pas. Pas plus qu’elle ne se pose pour Bill Gates, qui citait récemment en modèle d’intégration régionale réussie « la connexion Djibouti-Éthiopie, avec capitaux chinois ».

En termes d’investissements économiques, Paris a ici deux trains de retard et, à force d’oubli, de frilosité et de négligence, la prochaine génération de Djiboutiens pourrait bien à son tour se demander : « Do you know France ? » En anglais dans le texte.

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