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Start-up en Afrique : en attendant les licornes

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Ancien de McKinsey et de l’AFD, associé d'Okan, société de conseil en stratégie et en finance dédiée à l’Afrique.

Un fan de foot sud-africain le 22 juin 2010 pendant la Coupe du Monde. © Jerome Delay/AP/SIPA

Beaucoup d’événements symboliques nous portent à croire que le temps des start-up est venu pour l’Afrique.

Mark Zuckerberg visitant l’incubateur iHub à Nairobi et investissant plus de 20 millions de dollars au capital d’Andela au Nigeria. Le milliardaire nigérian Tony Elumelu finançant 10 000 start-up à travers sa fondation. Jacques-Antoine Granjon (PDG de vente-privee.com) annonçant à Dakar qu’il souhaite investir dans le nouveau fonds tech’ africain de Partech, plus connu pour ses investissements en Europe ou aux États-Unis. L’Afrique des start-up, de l’innovation et des révolutions technologiques semble résolument en marche.

Ceci dit, si l’enthousiasme est là, si un vent d’optimisme souffle, les fonds levés en 2016 pour financer des start-up africaines montrent qu’il reste encore beaucoup à faire et que le secteur demeure encore balbutiant : 130 millions dollars ont été injectés en 2016 dans 150 start-up (selon Disrupt Africa), contre 4 milliards dollars en Inde par exemple, à populations comparables.

Afin de faire exploser le nombre de start-up en Afrique et pour produire des « licornes » (start-up valorisée à plus d’un milliard de dollars), il faut travailler à plusieurs niveaux. Faire émerger des talents parmi la jeunesse africaine, en investissant dans la formation technique, mais aussi en design, en communication, en finance.

Il faut créer plus d’écoles de code et d’informatique en Afrique (de type École 42, Epitech, voire MIT). Les États, en partenariat avec les privés, doivent investir massivement dans les infrastructures de télécommunication (les pays africains représentent la quasi-totalité des 50 dernières places du classement « Internet Live Stats ») et d’énergie, à l’image du Rwanda et de Maurice.

Ils doivent encourager le développement des écosystèmes de recherche et de financements publics ayant permis la création de la Silicon Valley. Les sources de financement privées doivent également être étoffées, à tous les niveaux. Il est réjouissant de constater que des fonds comme Orange Digital Venture ou Partech s’intéressent à l’Afrique et y investissent, mais les acteurs demeurent trop peu nombreux.

En 2016, 80% des fonds levés par des start-up l’ont été dans trois pays seulement.

Il est essentiel d’autre part que les start-up africaines puissent proposer une offre qui ne soit pas simplement des me too (des copies), mais de véritables innovations, adaptées à l’Afrique (comme M-Kopa ou mPesa en Afrique de l’Est) et compétitives à l’échelle mondiale. Enfin, les start-up doivent éclore partout en Afrique, y compris en Afrique francophone : en 2016, 80% des fonds levés par des start-up l’ont été dans trois pays seulement (Afrique du Sud, Kenya et Nigeria).

Il est crucial que des role model fassent leur apparition en Afrique, à l’image de Steve Jobs ou Bill Gates aux États-Unis, de Jack Ma (Alibaba) en Chine, ou d’un Xavier Niel (Free, École 42) en France. En effet, il faut que la jeunesse et les entrepreneurs africains puissent se dire qu’il est possible de bâtir des entreprises de classe mondiale, des licornes, en Afrique, avec des Africains. Jumia peut à ce titre être une aventure intéressante, puisqu’elle est parfois qualifiée de « première licorne africaine » (elle serait valorisée à un milliards de dollars), même si sa création et son développement ont largement été pilotés depuis l’Europe par le Groupe Rocket Internet.

On ne peut qu’être plein d’espoir lorsque l’on voit tous les jeunes Africains brillants, formés dans les meilleures universités mondiales, revenir au pays pour développer des start-up, à l’image du jeune Chris Kwekowe qui a refusé un emploi chez Microsoft aux États-Unis pour créer sa start-up au Nigeria, Slatecube. L’avenir est dans leurs mains, ils sont les créateurs des « licornes » de demain.

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