Côte d’Ivoire : une manifestation de producteurs de cacao dispersée par la police

Par Jeune Afrique avec AFP

Cacaoyère près de Kpalimé, dans la région des Plateaux. © JACQUES TORREGANO POUR J.A.

Selon l'AFP, ce vendredi, la police ivoirienne a dispersé à coups de gaz lacrymogène une manifestation de producteurs de cacao organisée pour dénoncer le blocage du système d'achat mis en place par le gouvernement. Ils expliquent ne plus parvenir à écouler leurs récoltes.

Plusieurs dizaines de producteurs se sont en effet rassemblés vendredi 17 février au Plateau, quartier des affaires d’Abidjan. Le motif de la contestation? Un blocage des ventes de cacao dont pâtissent financièrement les producteurs.

« Tout notre cacao va à crédit », pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants. Depuis novembre 2016, nombre d’entre eux n’arrivent plus à écouler leurs récoltes, quand elles ne restent pas à quai dans les ports du pays. Cela s’explique par une combinaison de facteurs.

Le premier est la chute de 25% du cours mondial du cacao. Une baisse drastique de la valeur marchande qui inquiète considérablement les exportateurs. En effet, inquiets de perdre de l’argent lors de la revente du produit, ces derniers ont décidé d’annuler les commandes passées l’an dernier aux producteurs de cacao.

Une annulation des commandes qui concernerait environ 15% de la production annuelle de Côte d’Ivoire et qui empêche aujourd’hui les producteurs d’écouler leurs récoltes. « Il y a « 580 remorques de 35 à 38 tonnes qui sont bloquées au port d’Abidjan ce qui équivaut à près de 20.000 tonnes de cacao », enrage Bilé Bilé, le président de la coordination nationale des planteurs de Côte d’Ivoire.

Les paysans « obligés de brader »

« Tout est bloqué dans les ports comme en brousse. Les paysans sont obligés de brader, à défaut d’acheteurs », confirme Moussa Koné, le président du syndicat national des producteurs pour le progrès.

Un exportateur interrogé par l’AFP, et qui a requis l’anonymat, tente d’expliquer à travers des chiffres précis la situation désavantageuse dans laquelle il se retrouve. Selon lui, « tout est parti « de la différence de 470 F CFA (0,71 euros) qu’il y a entre le prix du cacao à la Bourse de Londres qui est de 1 380 FCFA (2,10 euros) et le prix de vente à l’exportation (1 850 FCFA, soit 2,80 euros) imposé par le Conseil café-cacao, gendarme de la filière ivoirienne.

Or, si l’État a décidé en octobre de rehausser à 10% le prix du cacao au profit du producteur, force est de constater que les exportateurs n’approuvent guère la décision. Résultat : un blocage de marchandises préjudiciable, pour les producteurs.

Une situation plus qu’inquiétante pour la Côte d’Ivoire. Le cacao est vital pour l’économie ivoirienne. Ce secteur représente 15% du PIB, plus de 50% des recettes d’exportation et, surtout, les deux tiers des emplois directs et indirects du pays, selon la Banque mondiale.

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