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Électricité : clap de fin pour les ambitions africaines de Jean-Louis Borloo

Grand invité de l’économie de RFI et de Jeune Afrique, l’ancien ministre français exposait alors son grand projet : mobiliser les chefs d’État pour financer l’électrification du continent d’ici à une dizaine d’années. Paris le 5 juin 2015. © Bruno LEVY pour Jeune Afrique

Investi pour l’électrification de l’Afrique depuis deux ans, l’homme politique français annonce qu’il se tourne vers d’autres horizons, avec la satisfaction d’avoir contribué à créer l’Initiative africaine pour les énergies vertes (AREI). Mais au sein de cette initiative dédiée aux énergies renouvelables on réfute le lien de parenté.

Plus de deux ans qu’il parcourait le continent pour plaider en faveur d’une électrification de l’Afrique, où 600 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité. Visitant plusieurs dizaines de pays, et presque autant de chefs d’État, il a soutenu un “plan Marshall de l’énergie” en Afrique, dont les besoins de financements atteignaient environ 4 milliards d’euros par an pendant une quinzaine d’années (une somme totale de  200 milliards d’euros a également été évoquée).

En décembre, l’ancien ministre de l’Ecologie de Nicolas Sarkozy annonçait le soutien du prince saoudien Al-Walid Ben Talal à son Fonds de soutien à l’électrification de l’Afrique (FSEA), dont l’objectif était de « combler le gap de financement » nécessaire aux projets existants pour les rendre rentables.

Dans une interview accordée le 15 février au quotidien français Le Figaro, l’ancien avocat annonce qu’il souhaite désormais se mettre “au service d’une nouvelle cause collective”, (évoquant notamment, à quelques mois des élections présidentielle et législatives, “le déclassement de la France” et le “sauvetage de l’Europe”), estimant sa mission remplie.

Ce sont maintenant aux Africains de conduire les opérations.

“J’ai lancé l’idée et assuré la coordination du projet. Ce sont maintenant aux Africains avec tous leurs partenaires dans le monde associés à ce projet de conduire les opérations”, explique Jean-Louis Borloo dans les colonnes du journal.

Ajoutant plus loin : “C’est désormais l’AREI (Africa Renewable Energy Initiative), lancée en 2015 au Sommet de l’Union africaine de Johannesburg  sur la proposition du président sénégalais Macky Sall, qui sera l’instrument de ce vaste programme.”

Au sein de l’AREI, cependant, certains s’étonnent du lien établi par le ministre entre son projet et le programme africain. “Jean-Louis Borloo n’a jamais été impliqué dans l’AREI, il n’a jamais travaillé dessus, ni de près de ni loin, explique Youba Sokona, en charge de l’unité chargée d’étudier les projets de l’initiative et logée, à Abidjan, au sein des bureaux de la Banque africaine de développement.

“Nous avons bien eu des conversations avec lui mais son initiative était différente”, ajoute le Malien. Cet expert, également vice-président du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, précise notamment que contrairement au projet Borloo l’AREI va au-delà de la production d’électricité (réseaux, efficacité énergétique… ).

Électricité en Afrique : un effet Borloo ?

Contacté, un autre membre de l’organisation ne s’étonne pas de la “posture politique” adoptée par le Français mais admet que son lobbying auprès des présidents africains a pu contribuer à “accélérer la prise de conscience” autour des enjeux de l’électrification.

L’AREI,  qui débute sa phase de mise en oeuvre, s’est vue promettre 10 milliards de dollars — loin des 80 milliards d’euros au total évoqués par Jean-Louis Borloo dans Le Figaro —, notamment par la France et l’Union européenne. Une rencontre entre les représentants de l’initiative et l’ensemble de ses partenaires est prévue les 2 et 3 mars prochains pour mieux définir les contributions et leurs conditions.

Officiellement lancée à l’occasion de la COP 21 de Paris en 2015, l’AREI vise à installer 10 gigawatts d’énergies renouvelables en Afrique d’ici 2020. Elle compte à son conseil d’administration, présidé par le président guinéen Alpha Condé, neufs membres, dont cinq chefs d’Etats et deux représentants des bailleurs.

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