Sénégal : le député socialiste Barthélémy Dias condamné mais toujours libre

Par - A Dakar

© Serigne diagne/CC/Flickr

Touché mais pas coulé. Condamné à deux ans de prison dont six mois ferme et à une amende (solidaire) de 25 millions de F CFA, l'élu socialiste Barthélémy Dias reste en liberté. Dénonçant une manœuvre politico-judiciaire, visant à le rendre inéligible, ses avocats et lui-même envisagent de faire appel.

Sous réserve d’un recours en appel – plus que probable – initié par l’une ou l’autre des parties, le député et maire socialiste de la commune Mermoz-Sacré-Cœur (à Dakar) Barthélémy Dias ne retournera pas en prison dans l’immédiat.

Ce jeudi 16 février, la justice sénégalaise a condamné ce proche du maire de Dakar, Khalifa Sall, à deux ans de prison dont six mois ferme pour « coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner et détention illégale d’armes sans autorisation ». Cette peine de prison étant quasiment couverte par la durée de sa détention provisoire, de décembre 2011 à mai 2012, « Barth’  » est donc ressorti libre du Palais de justice. À l’audience, qui s’était tenue fin janvier, le procureur avait requis contre lui une peine de 10 ans d’emprisonnement.

À l’origine de cette condamnation en demi-teinte : une altercation mortelle venue émailler la dernière campagne présidentielle.

« Légitime défense »

Le 22 décembre 2011, dans un contexte d’extrême tension entre le camp du président sortant, Abdoulaye Wade, et la coalition réunissant ses principaux opposants, une bande de nervis – dont certains encagoulés et présumés armés – avait encerclé la mairie de Mermoz-Sacré-Cœur, apparemment décidée à en découdre avec celui qui était alors le responsable de la section Jeunes du parti socialiste.

Manifestement, ces gros bras avaient été mandatés par le Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade – ce qu’ils ont contesté, sans forcément convaincre, lors du procès, prétendant avoir agi de leur propre chef – .

Entouré de quelques collaborateurs, Barthélémy Dias, qui avait rejoint les lieux aussitôt prévenu, avait riposté sans états d’âme. « Légitime défense », affirmait-il. « Je n’ai pas commencé à tirer, j’ai répliqué quand j’ai entendu le premier coup de feu », s’est justifié le député, qui avait lui-même demandé la levée de son immunité parlementaire afin d’en finir avec cette pénible épée de Damoclès. « J’ai déclenché quatre coups de sommation », ajoutait-il. Barthélémy Dias était alors équipé d’un pistolet 9 mm – pour lequel il bénéficiait d’un permis de détention et de port – et de deux armes factices – dont la justice a finalement réprimé la détention.

Selon sa version, l’édile dakarois a tiré en l’air, sans viser quiconque. Mais une fois l’échauffourée dispersée par les forces de l’ordre, un temps impuissantes, l’un des nervis gît au sol. Barthélemy Dias est-il l’auteur du coup de feu ayant causé la mort de Ndiaga Diouf, un jeune lutteur venu épauler les nervis proches du PDS ?

L’élu l’a toujours nié. Et son procès, qui s’est tenu plus de cinq ans après les faits, n’a pas permis d’identifier l’arme du crime, dont le calibre (38) ne correspond pas à la sienne.

Une « entreprise de liquidation politique »

À l’arrivée, les peines de prison assorties du sursis prononcées contre les deux camps s’avèrent couvertes par la période de détention préventive déjà accomplie. « L’un des suspects, qui permettait de faire le lien entre les éléments de la sécurité d’Abdoulaye Wade et ces nervis, a curieusement été relaxé », s’étonne Me Cheikh Koureyssi Ba, l’un des avocats de Dias.

En 2012, « Barth’  » avait pu compter sur le soutien du secrétaire général de son parti, Ousmane Tanor Dieng, mais aussi sur celui de Macky Sall, alors candidat contre Abdoulaye Wade après avoir été mis au ban du PDS. Mais depuis lors, le turbulent député-maire, réputé grande gueule, a clairement pris ses distances avec l’alliance nouée par le Parti socialiste et la coalition présidentielle, s’affichant bruyamment parmi les frondeurs anti-Tanor, partisans de candidatures autonomes aux législatives de 2017 et à la présidentielle de 2019.

Depuis l’annonce de son renvoi devant le tribunal correctionnel, en pleine guerre froide entre loyalistes et frondeurs socialistes, le camp Dias dénonce une manœuvre aux allures d’ « entreprise de liquidation politique » – dixit Me El Hadji Diouf, un autre avocat du maire. Une suspicion que n’aura fait que renforcer le placement en détention, le 9 janvier, de Bamba Fall, maire de la Médina et principal lieutenant de Khalifa Sall, suite à des échauffourées ayant émaillé un bureau politique du PS en mars 2016.

Avec huit autres sympathisants du maire de Dakar, Bamba Fall dort depuis lors à la prison de Rebeuss, à Dakar.

Barthélémy Dias, éligible ? 

Concernant Barthélémy Dias, si la perspective d’un séjour carcéral est momentanément exclue, deux questions font encore l’objet de débats parmi ses nombreux avocats, censés se concerter au plus vite.

Parmi eux, plusieurs laissent déjà clairement entendre qu’un appel s’impose. Pour Me Ba, qui avait plaidé la relaxe et se réjouit malgré tout de la peine clémente prononcée, au vu des sèvères réquisitions du Parquet, « pas question d’entendre parler de culpabilité ».

Autre point en suspens, à propos duquel chacun étudie encore les dispositions croisées du code électoral et du code pénal : Barthélémy Dias pourrait-il se présenter aux législatives du 30 juillet prochain si cette peine devenait définitive ? Seule certitude : un appel serait suspensif, même dans l’hypothèse de l’inéligibilité.

« Le pouvoir politique en place cherche à liquider le maire de Dakar et ses proches, estimait Barthélémy Dias ce jeudi matin. Et pour liquider un adversaire politique, il n’y a pas que la prison, mais aussi l’inéligibilité ».