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Ennahdha veut punir les Tunisiens partis combattre aux côtés du régime syrien

Le chef du parti islamiste tunisien Ennahda, Rachid Ghannouchi (à droite), au côté de son vice-président, Abdelfattah Mourou, lors de la dixième assemblée générale de la formation politique, à proximité de Tunis, le 26 mai. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Le président du groupe parlementaire Ennahdha est clair : il veut que les Tunisiens qui partent combattre en Syrie aux côtés du régime syrien soient poursuivis selon les termes de la loi antiterroriste. Une prise de position qui n'est pas sans risque politique.

Depuis quelques jours, la presse tunisienne relaie des informations éparses sur des Tunisiens qui rejoignent la Garde nationaliste arabe (GNA), bien que le phénomène ne soit pas nouveau.

La GNA est une organisation militaire d’inspiration nassérienne et baathiste créée en 2013 et qui a formé un bataillon au nom du militant de gauche tunisien Mohamed Brahmi, assassiné par des jihadistes en juillet 2013 et leader du parti Courant Populaire, de sensibilité nassérienne.

Cela fait un certain temps que des nord-africains rejoignent ce groupe. Un militant marocain proche de ce mouvement, sous couvert d’anonymat, assure que les Tunisiens sont les plus représentés, leur nombre se chiffrant à quelques dizaines. Il précise que la plupart des jeunes maghrébins « ne rejoignent pas la GNA mais la Jeunesse nationaliste arabe – dont la GNA est issue – qui de son côté, n’a que des activités civiles et politiques, entre le Liban, la Palestine et la Syrie ».

Contactés par Jeune Afrique, des militants de la GNA confirment la présence de Tunisiens dans leurs rangs, sans plus de précision.

Le Courant Populaire de Brahmi se défend

« Dans les jours à venir, nous allons proposer que soit créée une commission parlementaire pour lutter contre un fléau ; le départ de Tunisiens vers des zones de guerre », nous confie un militant d’Ennahdha joint par téléphone, « ainsi que ceux qui, ici, les incitent au départ ou facilitent leur voyage ». Et de refuser de donner des noms d’organisations ou de partis précis.

Le Courant Populaire, pour sa part, voyant le nom de sa figure historique cité, s’est empressé de nier tout contact direct avec la GNA, non sans rappeler son soutien aux forces du régime syrien. « Nous n’avons aucune relation avec cette GNA, ni avec la Jeunesse nationaliste arabe », nous dit Zouhaïr Hamdi, secrétaire général de l’organisation qui précise : « Politiquement, nous soutenons toute force qui s’oppose au terrorisme ». Selon lui, « avec cette polémique Ennahda veut faire oublier qu’il est le parti qui a créé une ambiance délétère favorisant les départs de jeunes Tunisiens vers des groupes jihadistes en Syrie ».

Le Courant Populaire s’opposera donc a priori à toute poursuite contre de potentiels sympathisants de la GNA, dont Hamdi semble dire qu’ils sont « rares, le plus souvent déconnectés de la société tunisienne, résidant au Moyen-Orient depuis des années et qui sont souvent des militants de la cause palestinienne ».

La question palestinienne en toile de fond

À Ennahdha, on n’en démord pas et on compte bien mettre sur un pied d’égalité ceux qui rejoignent le régime de Bachar al-Assad et ceux qui rejoignent les rangs de l’organisation terroriste Daech. « Il s’agit d’appliquer la même loi pour tout le monde », précise notre source.

Mais les réalités restent multiples. « Bien sûr, cela ne concerne pas les gens qui s’engagent avec la cause palestinienne », nous dit-on à Ennahdha. D’autant plus qu’il y a en Tunisie une véritable tradition de départs de militants vers des groupes armés palestiniens. En décembre 2016, Mohamed Zouari, un ingénieur en lien avec le Hamas palestinien était assassiné en Tunisie dans des conditions mystérieuses. En 2012, la dépouille de Umran Kilani Mudaddami était rapatriée. Ce membre du Watad, un parti de la gauche radicale tunisienne proche du Courant Populaire, était parti en Syrie et y avait adhéré au Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP) dans les années 1980. Il avait été tué dans des combats contre l’armée israélienne en 1988 et le Hezbollah, mouvement islamique libanais, avait récupéré son corps.

Bien d’autres exemples existent, comme celui de Miloud Ben Najeh, mort dans une action menée par le Front Populaire pour la Libération de la Palestine-Commandement Général (FPLP-CG) en 1987. Aujourd’hui, le Hezbollah comme le FPLP-CG combattent aux côtés de Bachar al-Assad.

« Le peuple tunisien soutient tout entier la lutte palestinienne. Ennahdha ne déroge pas à cette règle. Les organisations palestiniennes font de la résistance, pas du terrorisme », répond-on du côté du parti islamiste.

Ennahdha compte donc mener à bien son combat contre les partisans les plus ardus du régime baathiste de Damas, mais sa croisade n’est pas sans embûches : il s’agira de faire le tri entre les différents engagements civils et militaires et de ne pas s’aliéner une opinion publique encline à soutenir les champions de la solidarité avec la Palestine.

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