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Quand l’Afrique séduit…

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Journaliste, Ibra Pouye vit et travaille à Paris. Il tient régulièrement des tribunes sur l'actualité africaine en général, et sénégalaise en particulier.

Une affiche dans les rues de Casablanca. © HASSAN OUAZZANI POUR J.A.

Terra incognita pour les uns, terre d’opportunités pour les autres, l’Afrique séduit.

Une aube nouvelle brillant telle une nova. Trafic d’influences, richesses agricoles, minières et énergétiques. Un rush de puissances mondiales et de bon nombre d’investisseurs privés. Mais de quelle Afrique parle-t-on précisément? Parce qu’il existe hélas deux Afrique.

Une marchant tel un homme et l’autre essayant de se lever mais n’y arrivant pas. L’Afrique n’est hélas plus la chasse gardée de l’Occident. La Chine, l’Inde, le Japon et la Turquie s’y intéressent. Raison purement économique parce que ne se mêlant pas de la politique domestique. La Chine fait fi du respect des droits de l’homme. Contrairement à l’ancien colonisateur paternaliste.

Quand l’Afrique séduit, c’est qu’il n’y a plus rien en Occident. En effet, ce dernier est confronté au plafond de verre. Quand l’Afrique séduit, c’est qu’il existe des taux de croissance à deux chiffres tandis que l’Europe affiche des scénarii à un chiffre. Une Afrique nouvelle se dessine même si le sentier semble dantesque. L’avenir du monde s’y dessine. Vérité ou leurre ?

Année charnière

Pour continuer à séduire, l’Afrique est appelée à diversifier son économie et son partenariat gagnant-gagnant. D’après le Fonds mondial international (FMI), l’année 2017 sera une année charnière pour les économies africaines avec en moyenne un taux de croissance de 2%. Attirées autrefois par les matières premières, la plupart des multinationales et puissances étrangères investissent aujourd’hui dans des programmes porteurs et à long terme sur le continent.

L’Europe perd son hégémonie au profit de la Chine et d’autres pays émergents

Il existe maintenant plus de quatre cents grands projets d’infrastructure en Afrique, qui représentent plus de 450 milliards de dollars. Mais un éveil du peuple africain éclot sous les cendres encore incandescentes de son exploitation récente, même si l’endettement ne recule pas. Bien au contraire.

Un fait patent, le fameux Train express régional (Ter) qui a valu au président sénégalais un déplacement jusqu’à Paris. En effet, il nous faut bénéficier de cette technologie moderne, mais pas à n’importe quel prix ! Question qui mérite tout son pesant d’or. Car l’Afrique ouest-africaine et francophone est largement tributaire de Paris.

Visites d’État, séminaires inter-États et tutti quanti… L’histoire sempiternelle du vieux nègre et de la médaille. Cependant, la nouvelle soif du monde pour l’Afrique modifie la géopolitique. L’Europe perd son hégémonie au profit de la Chine et d’autres pays émergents. Entre 2000 et 2012, la France est ainsi passée de 10 à 4,5% de ses parts de marché en Afrique tandis que l’empire du Milieu caracole en tête. Même le Maroc et la Turquie taillent des croupières à l’Hexagone.

L’avenir du monde se joue en Afrique

Quand l’Afrique séduit, c’est qu’elle joue son va-tout. Même l’Allemagne a jeté son dévolu sur le continent. Qui l’aurait cru il y a vingt ans ? Personnellement, je n’aurais pas parié un kopeck sur ce rush allemand. Hélas, la réalité est tout autre et l’Allemagne a compris que demain c’est aujourd’hui, et que l’avenir du monde se joue dorénavant en Afrique.

Et quand l’Afrique séduit, le Moyen-Orient s’y intéresse aussi, l’Arabie Saoudite en tête, avec ses programmes d’aide bilatérale. Quand l’Afrique séduit, elle fait la une de certains magazines occidentaux – même si le terrain est encore glissant. Quand l’Afrique séduit, c’est qu’elle sait faire face aux dictatures et qu’elle se met en ordre de bataille comme ce fut récemment le cas actuellement en Gambie. Ou quand l’Union Africaine (UA) porte en bandoulière des outils militaires et diplomatiques tels que la fameuse Force africaine en attente (Faa) et ses missi dominici portant la bonne parole et sanctionnant les faiseurs de torts et d’abus.

Ce qui pourrait stopper ce réveil africain, c’est la recrudescence du terrorisme. Mais l’Afrique a déjà brutalement pris conscience de cette faiblesse à l’aune des événements au Mali et au Nigeria par exemple. Pour aller de l’avant, l’Afrique devra davantage taire ses querelles et ses divisions internes, se faire respecter et mettre en avant ses intérêts plutôt que ceux d’une certaine élite politique qui la dirige.

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