Soudan du Sud : un influent général démissionne en accusant le président de « nettoyage ethnique »

Par Jeune Afrique avec AFP

Jeune homme armé non identifié, le 12 Octobre 2015, dans l'Etat d'Unité (Soudan du Sud). © Jason Patinkin/AP/SIPA

Un influent général sud-soudanais a démissionné en accusant le président Salva Kiir de mener un "nettoyage ethnique" dans ce pays en guerre.

Le lieutenant-général Thomas Cirillo Swaka, numéro deux de la division logistique au sein de l’état-major, affirme avoir « perdu patience vis-à-vis de la conduite du président et commandant en chef, du chef d’état-major et d’autres officiers supérieurs », issus de l’ethnie dinka, selon la lettre de démission dont l’AFP a obtenu copie dimanche.

Le président et ces officiers de la SPLA – l’armée gouvernementale – « ont systématiquement torpillé » un accord de paix signé en août 2015, estime le lieutenant-général, membre de l’ethnie bari, réputé influent et respecté par les partenaires étrangers du Soudan du Sud.

Ils ont également cherché « à mettre en oeuvre l’agenda » d’un Conseil d’aînés de l’ethnie dinka – dont le président Salva Kiir fait partie – à savoir le « nettoyage ethnique », le « déplacement forcé de population » et la « domination ethnique », assure le lieutenant-général, évoquant des crimes contre l’humanité.

Indépendant depuis 2011, le Soudan du Sud a plongé en décembre 2013 dans une guerre civile ayant fait des dizaines de milliers de morts et plus de 3 millions de déplacés, malgré le déploiement de quelque 12 000 Casques bleus.

Tueries, viols, incendies

L’armée gouvernementale, transformée peu à peu en armée « tribale » dinka par le président et son entourage, a participé à « des tueries systématiques, des viols de femmes et des incendies de villages, prétendant poursuivre des rebelles dans des villages pacifiques » à travers le pays, affirme Thomas Cirillo Swaka.

Il assure par ailleurs que les Dinka de la SPLA sont déployés « stratégiquement dans des zones non-dinka afin de mettre en place une politique d’occupation des terres » et « s’approprient les biens des autres gens ». Les soldats membres d’autres ethnies sont eux « délibérément négligés et ne sont pas déployés ».

Des experts de l’Onu rapportaient début décembre qu’un « nettoyage ethnique » était en cours dans plusieurs régions du Soudan du sud, pointant du doigt les exactions des soldats gouvernementaux.