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France – Rwanda : Sonia Rolland, Miss et ambassadrice

L'ex-miss France Sonia Rolland (dr.) sur le tournage de son documentaire. © Bagan Films

Dans un documentaire diffusé sur France Ô le 26 novembre, la comédienne franco-rwandaise évoque avec une tendresse teintée d'admiration la résurrection de son pays natal, vingt ans après le génocide de 1994…

À son départ précipité du Pays des Mille Collines, elle doit sans doute d’avoir eu la vie sauve. Née au Rwanda d’un père français “amoureux de l’Afrique” et d’une mère rwandaise tutsie, Sonia Rolland a quitté le Rwanda en 1989, à l’âge de 8 ans, un an avant que le pays ne bascule dans l’engrenage qui allait le conduire au génocide. Face à la stigmatisation anti-Tutsis orchestrée par le régime Habyarimana, ses parents s’installent au Burundi voisin, où Sonia fréquentera l’école française et les cours de théâtre du Centre culturel français. Un répit de courte durée.

Cette vie paisible et plutôt confortable prend fin brutalement en juin 1994. Depuis deux mois, le Rwanda est un charnier à ciel ouvert où les Tutsis et les Hutus de l’opposition sont pourchassés sans merci. La mère de Sonia Rolland est inquiète : la porosité du clivage ethnique entre les deux pays lui laisse craindre que les massacres ne se propagent jusqu’à Bujumbura. “Elle a dit à mon père que nous devions partir, raconte la comédienne. Nous sommes arrivés en France en catastrophe.”

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Direction la Bourgogne, où réside sa grand-mère paternelle. “Ma mère a d’abord dû se débrouiller seule avec mon jeune frère et moi car mon père a prolongé de deux ans son séjour au Burundi pour essayer de vendre son imprimerie.” L’exil, cette fois, est brutal. Catapultée dans une ville de 5 000 habitants où les Rolland sont la “seule famille de noirs”, Sonia voit ses parents repartir de zéro : “Ils ont tout perdu : ma mère, dont les diplômes n’étaient pas reconnus en France, a dû travailler dans un supermarché et mon père, chef d’entreprise, s’est retrouvé tourneur-fraiseur.”

Au terme d’une adolescence tourmentée, la vie de cette fan de basket aux allures de garçon manqué prend un nouveau virage l’année où elle s’apprête à passer le Bac. À Paris, où elle vient de s’installer, une bonne fée la repère et propose à sa mère de la présenter au concours de Miss France. “Je n’imaginais pas que la Bourgogne pourrait élire une métisse pour la représenter”, s’amuse l’intéressée. En octobre 1999, Sonia Rolland s’impose pourtant dans son fief bourguignon. Deux mois plus tard, elle est couronnée Miss France 2000. Les flashs crépitent. “Cela m’a sauvée d’un avenir précaire”, résume-t-elle. 

Lancement de carrière

S’ensuit une année de surbooking et de surmédiatisation. Pour celle qui rêve depuis l’enfance d’être comédienne, la couronne de Miss est à la fois une opportunité et un piège. “J’ai choisi de me faire oublier provisoirement pour obtenir de vrais rôles”, explique-t-elle. Sonia Rolland met le cap sur les États-Unis, touche au mannequinat, fait le tour du monde… Après une escapade de deux ans, elle se permet même de refuser des propositions de chroniques à la télé française, se méfiant d’une notoriété aussi factice qu’éphémère. Son premier rôle lui est offert en 2002 par Radu Mihaileanu dans un téléfilm diffusé sur Arte, Les Pygmées de Carlo. L’année suivante, elle endosse le rôle principal dans la série policière Léa Parker (M6). Sa carrière est lancée.

Au cours des années suivantes, pour le cinéma ou la télé, elle tournera avec Jean Marbœuf (Le P’tit curieux), Woody Allen (Midnight in Paris), Raoul Peck (Moloch Tropical) ou Bertrand Tavernier (Quai d’Orsay). “J’ai su dire non à des propositions trop faciles”, résume l’ex-Miss, soucieuse de ne pas laisser son statut de personnage public cannibaliser la carrière qu’elle s’est choisie. Même si sa vie privée a parfois le reflet scintillant des paillettes : après une idylle passionnée avec “l’escroc des stars”, Christophe Rocancourt, père de sa première fille, elle partage aujourd’hui sa vie avec le comédien Jalil Lespert, père de la seconde. 

Ce sont les Rwandais qui sont au cœur de ce succès. Sans l’humain, la croissance n’est pas possible.

Dans cette vie très parisienne, Sonia Rolland a su conserver une place privilégiée aux vertes collines de son enfance. Revenue pour la première fois au Rwanda en 2001, au lendemain de son sacre, elle découvre un pays encore meurtri par le génocide mais en pleine mutation. Toujours enracinée (elle parle couramment le kinyarwanda), elle y retournera chaque année, s’émerveillant du “bond phénoménal” accompli par ce “peuple debout” qui a su “s’imposer élégamment dans le concert des nations”. Constatant que les journalistes qui l’interrogent à longueur d’année sur le pays de son enfance cantonnent le Rwanda aux piles de cadavres de 1994, Sonia Rolland décide de se faire documentariste pour rendre hommage à ses compatriotes : “Ce sont les Rwandais qui sont au cœur de ce succès. Sans l’humain, la croissance n’est pas possible.”

Un autre Rwanda

Dans "Rwanda : du chaos au miracle", elle se plaît à contrebalancer l’image d’un pays trop souvent diabolisé par les médias et certaines ONG. Si elle aligne les statistiques flatteuses sur le pourcentage de femmes au Parlement (64 %), le taux d’alphabétisation (70 %) ou de couverture par une mutuelle de santé (90 %), la comédienne s’efforce avant tout de donner à comprendre la reconstruction inédite du “nouveau Rwanda”, ce Phénix qui a su renaître des cendres de la division et de la haine. Comme le dit le psychiatre Naasson Munyandamutsa, fil rouge de son film, “la culture rwandaise s’est organisée pour essayer de penser l’impensable”.

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Si sa vision d’un “pays stable, unifié, propre, en paix et résolument tourné vers le développement économique” pourra sembler trop idyllique aux détracteurs d’un régime régulièrement qualifié de “dictatorial”, Sonia Rolland assume son “admiration pour le chemin parcouru” par les siens. Où verrait-on le nouvel hymne national composé par des génocidaires incarcérés, à l’issue d’un concours ? Dans le Rwanda de Sonia Rolland, l’option de la réconciliation n’a pas été choisie par souci de respecter les injonctions bien-pensantes de la communauté internationale. Mais parce que c’était la seule issue pour privilégier la vie et éviter de sombrer dans l’auto-destruction.

 

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