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Marche du 19 mars à Paris : entre rap et afro-féminisme, à l’assaut du racisme

La précédente marche contre les contre les discriminations et les violences policières avait réuni plus de 10 000 personnes à l’appel d’un collectif de femmes, samedi 31 octobre 2015, à Paris. © AFP

Le 19 mars, des milliers de militants battront le pavé parisien contre le racisme et les violences policières. Soutenus par de nombreux artistes issus de la diaspora africaine, ces activistes rénovent la lutte antiraciste.

Ils seront plusieurs milliers de militants antiracistes à défiler le 19 mars prochain à Paris, « pour la justice et la dignité ». En octobre 2015, une première marche du même type avait eu lieu, rassemblant plusieurs milliers de personnes dans Paris, soutenue par des personnalités du mouvement américain Black Lives Matter, le militant guadeloupéen Elie Domota ou encore l’ancienne Black Panther Angela Davis.

Le mot d’ordre de la manifestation, emprunté à Aimé Césaire, avait alors été lâché par les militantes de la Mafed (Marche des femmes pour la dignité) : « L’heure de nous-même a sonné ». En clair : des descendants d’immigrés issus des anciennes colonies revendiquent leur autonomie politique et, déçus par la gauche française, ne lui laissent plus le soin de mener le combat à leur place.

Les violences policières, toujours

« La première marche était clairement pensée pour dénoncer les violences policières, expression particulière du racisme d’état », souligne Omar Slaouti, cheville ouvrière du collectif organisateur. À la tête du cortège de quelques 15 000 personnes en 2015 : Amal Bentounsi, dont le frère était décédé à 29 ans en 2012, après avoir reçu dans le dos une balle tirée par un policier. Cette question des violences policières a marqué la fin du quinquennat de François Hollande et sera de nouveau au centre des revendications de la manifestation de mars.

La violence policière, c’est un symbole, c’est concret. C’est ce qui frappe avant tout les pauvres qui ne sont pas blancs

Entre les deux marches, en juillet 2016, Adama Traoré est décédé durant son interpellation par la police. Le 1er février 2017, Théo a été violé et aurait été insulté – traité de « bamboula » – durant un contrôle. Les manifestations et les échauffourées ont ponctué la première semaine du mois. Autant dire que la colère gronde et que les organisateurs de la marche du 19 s’attendent à voir affluer du monde. « La violence policière, c’est un symbole, c’est concret. C’est ce qui frappe avant tout les pauvres qui ne sont pas blancs » assure Slaouti.

Du rap pour la dignité

En 2015, la manifestation s’était conclue sur un concert de rap avec des artistes comme Médine, Disiz et Tunisiano. Là encore, pour la marche du 19 mars, le rappeur engagé Kery James auteur du récent Musique Nègre, et d’autres prendront le micro pour soutenir ce combat. Ce nouveau front antiraciste est porté haut et fort par différents artistes hip-hop.

Le collectif Justice et vérité pour Adama n’est pas signataire de l’Appel de la Marche, mais un militant confie que les rapports sont ténus malgré tout. Le 2 février dernier, ce collectif organisait un concert dont l’affiche ferait envier plus d’un programmateur. Avaient répondu présents entre autres personnalités du rap français, la nouvelle pousse Sofiane et le fameux duo Arsenik ou encore Dosseh. « Le concert doit beaucoup à l’artiste Youssoupha », concède un militant.

Kery James, de son côté, parraine aussi un nouveau projet de média indépendant, Paroles d’honneur, dont le lancement est prévu pour le 12 février et où on retrouvera des militants de la Marche du 19 mars. Ce média spécialisé dans le débat politique se donne comme mission « de faire entendre la voix des quartiers populaires et de l’immigration postcoloniale ».

Un autre antiracisme

La marche du 19 mars viendra marquer une rupture nette entre une partie du large mouvement antiraciste et la gauche au gouvernement. Les marcheurs veulent se démarquer d’un antiracisme moral bon teint et avance un combat politique, offensif et clivant. « Nous allons être d’autant plus offensifs que durant la campagne électorale, nous allons assister à une surenchère autour des questions identitaires. Les gens parleront de nous, les Noirs, les musulmans… Alors nous allons parler aussi », prévient Slaouti.

Parmi les organisations qui défileront, la Brigade anti-négrophobie, partisane d’une lutte radicale contre un état considéré par ses militants comme fondamentalement raciste. « Nous serons là pour promouvoir un antiracisme qui ne soit plus une simple diversion en ne s’attaquant qu’à la forme du problème et jamais à son fond », dit Franco, le porte parole. Qui ajoute, pour bien clarifier sa position par rapport à certaines tendances du spectre politique : « Nous prônons l’autodétermination. Autrement dit, nous refusons tout traitement paternaliste. »

Parmi ces activistes, des afro-féministes, qui promettent d’être visibles le 19 mars

D’autres militants exigent, par exemple, l’abrogation de la loi mémorielle du 23 février 2005 qui « exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France » dans ses anciennes colonies. Enfin, autre force vive de la marche : les féministes. En 2015, les femmes avaient eu un rôle essentiel lors de la marche. « Ce sont les femmes qui organisent la lutte des familles de victimes des violences policières. Elles sont le visage du combat contre cette forme de racisme et de violence », explique Sabrina, une militante.

Parmi ces activistes, des afro-féministes, qui promettent d’être visibles le 19 mars. Pour ces femmes noires qui ne se reconnaissent pas dans les cercles féministes mainstream, majoritairement blancs, il est impossible de hiérarchiser entre sexisme et racisme. Parmi les groupes se revendiquant de ce combat, le Mwasi (« femme » en lingala), groupe non-mixte qui ne rassemble que des femmes noires et se veut « anticapitaliste ».

Les militantes mettront en avant leur féminisme alternatif, qui défend le droit au port du voile et « qui refuse de se désolidariser des hommes immigrés trop souvent pointés du doigt comme sexistes », précise Louisa Yousfi, participante à la marche. À quelques mois des élections présidentielles françaises, les marcheurs ne cachent pas leur but : que le 19 mars ne soit que le début d’une intense campagne qui impose le thème du racisme aux candidats à la présidentielle française.

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