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Algérie : l’opposant Kamel Eddine Fekhar poursuit sa grève de la faim à l’hôpital de Laghouat

L'opposant Kamal Eddine Fekhar est accusé d'atteinte à la sûreté de l'État. © Capture d'écran YouTube/Imazighen Libya

Détenu depuis 18 mois, Kamel Eddine Fekhar, militant des droits de l’Homme et opposant au régime algérien, dénonce un "acharnement". Il se dit prêt à mener sa grève de la faim jusqu’au bout.

Kamel Eddine Fekhar entame, ce mardi 7 février, son 36ème jour de grève de la faim, à l’hôpital de Laghouat (400 km au sud d’Alger), où il a été transféré fin janvier. Son état de santé se serait encore détérioré. « Moralement, il va bien depuis qu’il a quitté la prison mais son état physique est inquiétant », raconte son avocat, Me Salah Debouz.

À près de 200 kilomètres de là, la chambre d’accusation de Ghardaïa examine son dossier. Elle pourrait décider de le transférer au procureur général, ce qui impliquerait la tenue d’un procès au cours des prochaines semaines.

Atteinte à la sûreté de l’État

Me Salah Debouz regrette une « décision précipitée ». « La justice algérienne veut clore cette affaire et condamner mon client alors que l’instruction a été menée à charge et non pas à décharge. C’est de l’acharnement contre Kamel Eddine Fekhar », dénonce l’avocat de la défense, qui demande le renvoi du dossier au juge d’instruction afin que celui-ci dirige « une enquête équilibrée ».

Pour rappel, Kamel Eddine Fekhar a été arrêté le 9 juillet 2015, à la sortie d’une mosquée à Ghardaïa, en compagnie de 27 autres personnes. Ils ont été placés sous mandat de dépôt, en marge des affrontements inter-communautaires qui secouaient la vallée du M’zab.

Les faits qui leur sont reprochés sont graves. En tout, 18 chefs d’inculpation pèsent contre eux, notamment celui d’ « atteinte à la sûreté de l’État », « trouble à l’ordre public » et « incitation à la haine et à la violence ». Ils risquent la peine de mort.

Une affaire politique

Pour leur avocat, leur emprisonnement est une « manipulation politique ». « Une réunion s’est tenue au palais présidentiel, la veille de son arrestation », soupçonne-t-il. « L’État cherche un bouc-émissaire ».

Mais pourquoi les autorités algériennes s’en prendraient-elles à Kamel Eddine Fekhar en particulier ? « À cause de ses efforts pour démasquer les pratiques illégales des services de sécurité durant les heurts. Mon client a publiquement dénoncé l’implication directe ou indirecte d’éléments des services de sécurité, soit en couvrant les agissements de bandes hors-la-loi, soit en y prenant part », croit savoir Me Salah Debouz.

Déterminé à aller jusqu’au bout

Le régime lui en voudrait également pour sa tentative d’internationalisation de l’épisode de violence à Ghardaïa. « L’État algérien ne lui pardonne pas la lettre qu’il a adressée le 2 juillet 2015 au Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, dans laquelle il parlait d’un possible génocide contre la population mozabite », ajoute-t-il.

Contacté par nos soins, le ministère de la Justice n’a pas souhaité commenter cette affaire. Une chose est sûre, l’ex-président du bureau de Ghardaïa de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), qui est détenu depuis 18 mois, n’a pas l’intention de retourner dans sa cellule. Il a confié à son avocat être prêt à aller jusqu’au bout. « Pour lui, c’est soit un retour à la maison, soit le cimetière ».