RD Congo : Tshisekedi voulait-il vraiment le pouvoir ?

Par - à Kinshasa

L'opposant congolais Étienne Tshisekedi à Kinshasa, le 28 novembre 2014. © Jerome Delay/AP/SIPA

C’est en 1977, après ce qu’on a appelé au Zaïre de l’époque la Première guerre du Shaba (l’actuel Katanga) que le destin d’Étienne Tshisekedi bascula.

À la suite d’une attaque de la partie méridionale du pays par des groupes armés soutenus par l’Angola, le régime de Mobutu Sese Seko décida de lâcher du lest. Il décréta qu’à l’occasion des élections prévues cette année-là, les candidats au Conseil législatif (l’Assemblée nationale), notamment, ne seraient plus uniquement désignés par le parti unique et qu’ils pouvaient aussi se présenter à titre individuel. Tshisekedi, qui n’était plus aux affaires, en profita pour se lancer dans la bataille. Et il fut élu. Ainsi commença sa nouvelle vie d’opposant.

Dans les années 1990, il fut plus d’une fois Premier ministre, mais toujours de façon éphémère. Durée maximale : trois mois. Pouvait-il en être autrement ? Selon un de ses anciens collaborateurs de cette période, « Tshisekedi avait une conception anarchique du pouvoir. Sa principale préoccupation était l’affrontement permanent avec Mobutu. Il voulait littéralement lui couper la tête et montrer à tout le monde qu’il n’avait pas peur de lui. D’où tous les défis pour le désacraliser et chasser la peur de la tête de ses partisans. »

C’est, par exemple, cette fois où Mobutu le nomme à la tête du gouvernement. Mais Tshisekedi doit prêter serment. Mobutu est là, y compris les invités. Tshisekedi prend le texte à lire. Et puis, subitement, face aux caméras, il se saisit d’un stylo et biffe des passages qui ne lui plaisent pas. La cérémonie est annulée.

Nous sommes en démocratie, chacun fait ce qu’il veut

Mais que se passe-t-il à la primature, en 1992, lorsque Tshisekedi est à la tête du gouvernement pendant trois mois ? Un de ses conseillers témoigne : « Nous sommes restés des jours et des jours à ne rien faire. Fatigués par cette inertie, nous avons sollicité une audience auprès du Premier ministre. Quand il nous a enfin reçus, nous lui avons fait part de notre incompréhension du fait que nous ne savions quoi faire de nos journées parce qu’aucune instruction ne nous avait été donnée. Contre toute attente, il nous a dit : ‘Nous sommes en démocratie, chacun fait ce qu’il veut’. »

En septembre 2011, avant l’élection présidentielle, Étienne Tshisekedi reçoit Jeune Afrique. Nous lui demandons si l’opposition va présenter un seul candidat. Il répond : « Moi je n’ai besoin de personne parce que je sais que je serai élu. » Nous lui posons par ailleurs la question de savoir pourquoi il avait boycotté les élections de 2006. Sa réponse est sans appel : « Je ne pouvais pas participer à une mascarade organisée par la communauté internationale. »

D’où ce commentaire d’un analyste congolais : « Tshisekedi n’a jamais monté de stratégie pour la conquête du pouvoir. » Un point de vue balayé d’un revers de main par Valentin Mubake, l’un des bras droits de Tshisekedi, lors d’un entretien en 2015 : « Le problème ne se pose pas de cette façon-là. C’est facile à comprendre. Le président est un homme de droit, il a toujours respecté les lois du pays. C’est pourquoi il n’a jamais cherché à accéder au pouvoir par des voies illégales. »

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