Qui est Nezha Alaoui M’hammdi, la représentante du Maroc à l’Union africaine ?

Diplomate de carrière, Nezha Alaoui M'hammdi est une grande experte de l'Afrique. © Capture d'écran YouTube/ EGE Rabat

Depuis lundi, Nezha Alaoui M'hammdi, ambassadeure du royaume à Addis-Abeba, porte la voix du Maroc au sein de l'organisation panafricaine. Portrait d'une experte du continent.

Après 33 ans d’absence, le Maroc a intégré l’Union africaine le lundi 30 janvier. Si ce projet a été mené avec succès par le carré royal composé de Fouad Ali El Himma, Nasser Bourita, Salaheddine Mezouar et Taïeb Fassi Fihri, c’est au tour d’un acteur de l’ombre d’entrer en scène. Le moment est venu pour Nezha Alaoui M’hammdi, ambassadeure du Maroc à Addis-Abeba, de représenter officiellement le royaume au sein de l’organisation panafricaine.

Elle n’atterrit pas en terrain inconnu. Pur produit du ministère des Affaires étrangères, elle est depuis longtemps associée à la diplomatie marocaine en Afrique.

Une proche de Taïeb Fassi Fihri 

Née en 1967 à Rabat, « Madame UA » a grandi dans une famille connue au Maroc. Après des études au lycée français Descartes, elle intègre l’École nationale d’administration publiques (Enap) et obtient sa licence en 1988. Un an plus tard, elle rejoint le ministère des Affaires étrangères, dirigée à l’époque par le père du gendre de Hassan II, Abdellatif Filali.

Elle atterrit plus exactement à la cellule de l’Union européenne (UE) qui était sous la houlette de Taïeb Fassi Fihri. « Avec celui qui deviendra ministre et ensuite conseiller royal, elle gardera des liens solides qui donneront un coup de pouce à sa carrière », confie un de ses anciens collègues. Au ministère, on se souvient d’une jeune femme sérieuse, travailleuse et qui n’hésitait pas à exprimer ses opinions, « quitte à fâcher quelques uns de ses supérieurs ». 

Premières missions en Europe

En 1993, elle est affectée en tant que conseiller économique à l’ambassade du Maroc à Rome, où elle supervise les dossiers de coopération du royaume avec la FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM). Elle s’envole par la suite à Bruxelles, toujours en tant que conseiller économique, et revient au ministère en 2004 pour superviser le service des affaires européennes.

En 2009, elle est promue chef de division de la coopération bilatérale des affaires africaines. C’est à ce moment qu’elle intègre l’équipe royale chargée de mener la nouvelle politique d’influence du Maroc en Afrique, avec d’autres poids lourds comme Abdellatif Bendahane, ancien directeur du pôle Afrique (aujourd’hui à la retraite) et Moha Ouali Tagma, l’actuel ambassadeur du Maroc au Nigeria.

En 2013, elle est nommée ambassadrice au Ghana, couvrant également le Bénin et le Togo. À Accra, elle tisse un solide réseau qui lui permettra de mieux appréhender les enjeux du continent et d’être nommée, en octobre dernier, ambassadeure du Maroc en Éthiopie et à Djibouti

Une diplomate doublée d’une chercheuse

Mariée à un Ghanéen, la très discrète ambassadeure marocaine a également la casquette de chercheuse. Elle a collaboré à plusieurs reprises avec l’Institut français des relations internationales (IFRI). Et au sein du Cesem, un groupe de recherche affilié à l’école de management HEM à Rabat, elle est la référente de la chaire Maroc-Afrique. Elle est aussi l’auteure de plusieurs travaux académiques sur le programme de recherches « Atlantic Futur », qui vise à insérer le Maroc et le continent africain dans l’espace atlantique. 

« Elle sait dissocier sa casquette de diplomate et sa casquette de chercheuse », témoigne une de ses connaissances. On lui reconnaît « une humilité » et un sens diplomatique « d’une rare finesse », on la dit « ouverte aux voix discordantes ».  

C’est désormais au sein de l’UA que Nezha Alaoui M’hammdi est appelée à agir avec doigté pour mener à bien le projet du Maroc de rétablir sa souveraineté