Erwan Davoux : « La France doit rechercher de l’influence en Afrique »

Erwan Davoux, fondateur et président du parti politique, Rassemblement pour la Neuvième (RP9) © Vincent Fournier pour JA

Ce n’est peut-être pas une mission impossible, mais celle-ci est assurément difficile. Erwan Davoux, 45 ans, est candidat pour Les Républicains (LR) dans la 9e circonscription des Français de l’étranger (Afrique du Nord et de l’Ouest). Il s'agit de sa première campagne législative.

Natif de la Tunisie, Erwan Davoux y a certes des racines, mais l’électorat de ce pays, composé de nombreux binationaux, penche nettement à gauche : l’ex-socialiste sortant, Pouria Amirshahi, l’avait emporté avec 62,39% des voix au second tour en 2012.

Comme ce dernier ne se représente pas, c’est à un autre novice en politique qu’il va devoir faire face, l’ancien diplomate et coordonnateur national du renseignement Didier Le Bret. Davoux espère que le bilan de François Hollande le placera dans les meilleures dispositions.

Jeune Afrique : Pourquoi êtes-vous candidat dans cette circonscription ?

Erwan Davoux : J’y ai toutes mes attaches. Je suis né en Tunisie, j’y ai grandi. J’ai fait ma scolarité au lycée de la Marsa. Ma famille y a habité pendant trois générations. J’ai une grande affection pour ce pays. Je n’ai pas la double nationalité, mais c’est un concours de circonstances.

Par ailleurs, cette région est au centre de mon parcours professionnel : j’ai été chargé de mission pour la Francophonie puis pour le monde arabe à l’Élysée, conseiller diplomatique à la présidence de l’UMP [ancêtre de Les républicains, NDLR]. Enfin, cette zone est capitale pour que la France compte dans le monde.

Cette circonscription est-elle gagnable par la droite ?

Nous sommes dans un contexte très différent de celui de 2012. Les électeurs de cette circonscription sont très déçus par l’action de François Hollande. Il a supprimé la prise en charge des frais de scolarité et, entre 2012 et 2016, les crédits alloués à l’enseignement français à l’étranger ont diminué de plus de 8%.

Il y a eu, en plus, cette malheureuse affaire de déchéance de nationalité qui risquait d’aboutir à une différence de droit entre Français. Très logiquement, cela a été mal perçu par les binationaux.

Mais les candidats de la gauche finalement en lice pour la présidentielle ne l’ont jamais défendue…

Il aurait fallu qu’ils s’expriment à ce moment-là. Pouria Amirshahi, lui, a eu l’honnêteté de dénoncer le projet et de quitter le PS. C’était une question de principe.

Et puis, sous François Hollande, la France a continué à se comporter en forteresse avec ceux qui voulaient y apporter leurs compétences professionnelles, et en passoire pour l’immigration clandestine.

Vous attaquez le président sortant sur les relations internationales. Mais c’est dans la circonscription où vous voulez être élu qu’il a obtenu son principal succès, avec l’intervention au Mali. Étiez-vous contre ?

Non. L’opposition a soutenu cette intervention. C’était la seule décision possible. Mais la France n’a pas réussi à susciter une large coalition diplomatique pour l’accompagner dans son action.

Il y avait urgence…

Oui, parce que l’intervention a été trop tardive. C’est malgré tout un point à mettre à l’actif de François Hollande. Mais la France n’est pas assez intervenue dans la réconciliation politique. C’est la même chose en Centrafrique. La phase militaire a été réussie, mais cela ne fonde pas une politique africaine. Il ne faut pas que la France n’existe que quand nos amis africains sont dans le malheur.

Le Maroc, l’Algérie, la Tunisie méritent d’être des priorités stratégiques pour la France

Faut-il prolonger l’opération Barkhane dans le Sahel ?

Oui. Tant que nos partenaires ont besoin de nous, il n’est pas question de les laisser tomber.

Le Maroc et l’Algérie sont deux grands pays rivaux de la circonscription. Saluez-vous l’équilibre trouvé par la France dans le quinquennat de Hollande ?

Je ne sais pas s’il y a eu un équilibre. Dans les premiers temps du quinquennat, l’Algérie a été privilégiée. Puis, il y a eu un rééquilibrage avec le Maroc. Mais au Maghreb comme en Afrique subsaharienne, la France n’a pas montré qu’elle faisait de cette zone une priorité stratégique. On s’est contenté d’une coopération technique, souvent au niveau de l’Union européenne.

Or il y a une envie de France dans cette région, mais d’une France qui la considère. Il faut qu’elle « bilatéralise » et politise à nouveau ses relations. Le Maroc, l’Algérie, la Tunisie méritent d’être des priorités stratégiques, de même que la Côte d’Ivoire et le Sénégal. La France ne doit pas être un pays européen parmi d’autres.

Vous voulez retrouver des relations bilatérales avec les pays du continent. Dans l’équipe de campagne de votre candidat à la présidentielle, François Fillon, l’homme en charge de l’Afrique est un ancien ministre de la Coopération, Bernard Debré. Proposez-vous le retour à la « Françafrique » ?

Certainement pas. Il faut réinventer une relation aussi intense que par le passé mais sur des bases d’égal à égal. Je crois que cette accusation a paralysé la France au point qu’elle renonce à une politique d’influence.

Lors du dernier sommet Afrique-France à Bamako, François Hollande a dit : « la France ne recherche pas l’influence en Afrique ». Je pense qu’elle doit en rechercher au contraire. C’est une région capitale pour notre avenir, pas seulement pour la lutte contre le terrorisme, mais aussi parce que c’est l’avenir de la Francophonie. Nous partageons un destin.

L’élection de Donald Trump produit déjà des effets spectaculaires, notamment au Moyen-Orient. Que pensez-vous de sa volonté de transférer l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem ?

S’il le faisait, ce serait un signal désastreux. Cela fait trop longtemps que le conflit israélo-palestinien est dans l’impasse. La France ne joue plus son rôle d’aiguillon. Je crois que la reconnaissance d’un État palestinien par la France est nécessaire. Je salue d’ailleurs l’initiative sénégalaise au Conseil de sécurité, qui a réaffirmé le caractère illégal de la colonisation. Jusqu’à récemment, c’est la France qui prenait ce genre d’initiatives…

Vous proposez un statut pour les Français de l’étranger. En quoi cela consisterait ?

Cette partie du programme est en cours de rédaction. Mais il faut prendre en compte l’évolution et la diversification des Français de l’étranger. Ce ne sont plus seulement des fonctionnaires et des expatriés. Il y a des entrepreneurs, des retraités, des étudiants…

Il faudrait revaloriser la place du ministère des Français de l’étranger au gouvernement

Ce statut viserait à corriger les contraintes engendrées par l’éloignement géographique. Il faut notamment une équité en matière de fiscalité : sous François Hollande, on leur a imposé de nouvelles taxes qui n’avaient aucun sens. Les deux tiers d’entre eux ne scolarisent plus leurs enfants dans un établissement français. Et puis, il faudrait revaloriser la place du ministère des Français de l’étranger au gouvernement.

François Fillon promet la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires. Cela va forcément avoir un impact négatif sur la présence française en Afrique, sur ses lycées, ses ambassades, ses instituts…

Ce n’est pas au ministère des Affaires étrangères qu’il y a le plus d’économies à faire. Le système des lycées français est unique dans le monde et c’est le meilleur vecteur d’influence de la France qui soit.

Avez-vous obtenu ou allez-vous demander la sanctuarisation de ce domaine ?

Je crois que François Fillon est très attentif à la place de la France dans le monde.

Je suis entré en politique pour Jacques Chirac : c’était sa ligne et il reste ma référence

Il est accusé d’avoir fourni en tant que député, un emploi fictif à son épouse. Est-il toujours qualifié pour porter la candidature de la droite ?

Il a remporté de manière incontestée une primaire qui a passionné les Français. L’organisation a été parfaite. Il a donc toute légitimité.

Peut-on imaginer que la droite change de candidat pour la représenter ?

La question ne se pose pas. François Fillon a indiqué à quelles conditions il retirerait sa candidature, c’est-à-dire en cas de mise en examen. Ce n’est pas le cas.

Dans un discours de campagne de la primaire, François Fillon a assimilé la colonisation à un « partage de culture ». Êtes-vous d’accord ?

Pour qu’il y ait partage de culture, il faut être sur un pied d’égalité. Or le système colonial était par essence inégalitaire. S’il doit y avoir un dialogue des cultures, c’est maintenant. Je suis entré en politique pour Jacques Chirac : c’était sa ligne et il reste ma référence.

Vous êtes donc en désaccord avec François Fillon sur cette question ?

Disons que je n’ai pas la même approche.

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