Canada : l’effroi et l’incompréhension après le massacre dans la mosquée de Québec

Par Jeune Afrique avec AFP

Le Premier ministre du Québec Philippe Couillard, le maire de la ville de Québec Regis Labeaume, le Premier ministre canadien Justin Trudeau (de g. à dr.) et leurs épouses respectives se recueillent lundi 30 janvier en mémoire des victimes de la tuerie perpétrée la veille dans la mosquée de Sainte-Foy. © Paul Chiasson/AP/SIPA

Six morts, huit blessés et une communauté meurtrie. Après le massacre commis dans la mosquée de Sainte-Foy dimanche soir, l’horreur et l’incompréhension dominent dans la ville de Québec. Face à cet attentat commis par un étudiant canadien connu pour avoir des idées nationalistes, qui a depuis été inculpé, le Premier ministre Justin Trudeau a appelé à répondre "par l'amour et la compassion".

Alexandre Bissonnette, 27 ans, étudiant en science politique à l’université Laval voisine de la mosquée, a été interpellé peu après la tuerie, après avoir appelé la police en disant « qu’il était impliqué dans l’incident » et voulait se rendre.

Le jeune homme est accusé d’avoir tué par balle six fidèles dans le centre culturel islamique de Québec. La fusillade a également fait huit blessés, dont cinq étaient lundi dans un état grave. Il s’agit d’une des pires attaques contre la communauté musulmane jamais perpétrée dans un pays occidental.

Vêtu d’une combinaison blanche, le jeune homme est sorti menotté d’une voiture de police avant d’être présenté à un juge lundi soir. « Le directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a porté 11 chefs d’accusation à l’encontre d’Alexandre Bissonnette », a déclaré Jean-Pascal Boucher, porte-parole du DPCP. Ceux-ci correspondent aux « meurtres avec préméditation » des six fidèles abattus pendant la prière et aux « tentatives de meurtres avec arme à feu » pour les cinq blessés graves.

Un nationaliste pro-Trump

Avec 80 policiers sur place, les investigations se poursuivent afin de rassembler des éléments pouvant mener dans les prochains jours à une inculpation supplémentaire pour « terrorisme » et atteinte à la sécurité nationale, a précisé la Gendarmerie royale du Canada (GRC, police fédérale).

L’enquête doit également éclaircir les motivations du jeune homme, qui a fait feu dans un lieu de culte situé à moins d’un kilomètre de son domicile dans le quartier Sainte-Foy, à Québec. Sur les réseaux sociaux, Alexandre Bissonnette partageait régulièrement ses idées nationalistes et s’affichait en partisan du président américain Donald Trump. Ses différents comptes ont depuis été fermés.  

Si la police avait d’abord fait état de deux suspects, la progression de l’enquête a permis de disculper un autre étudiant, d’origine marocaine, interpellé alors qu’il sortait de la mosquée juste après la fusillade. « Suite à l’enquête, l’autre individu est maintenant considéré comme témoin », a déclaré la Sûreté du Québec sur son compte Twitter.

« C’est terrible pour le vivre-ensemble »

La communauté musulmane de Québec est effondrée. « C’est terrible pour la communauté, c’est terrible pour le Québec, c’est terrible pour le vivre-ensemble », a déclaré à l’AFP Mohamed Ali Saïdane, venu participer à un rassemblement des élus et des représentants des associations de musulmans à l’Hôtel de ville.

Les six personnes tuées étaient toutes des Canadiens binationaux, a indiqué Mohamed Labidi, vice-président du Centre culturel islamique de Québec. Parmi eux, on dénombre un Marocain, deux Algériens, un Tunisien et deux Guinéens, d’après des sources officielles. Ils étaient âgés de 39 à 60 ans, a annoncé le médecin légiste.

Le recteur de l’Université Laval, Denis Brière, a déploré la mort de Khaled Belkacemi, professeur à la faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation (FSAA). Originaire d’Algérie, Khaled Belkacemi « était un homme très cultivé, passionné et engagé au sein de la faculté », a déclaré le doyen de la FSAA, Jean-Claude Dufour.

« Répondre par l’amour et la compassion »

Ce drame vient jeter une ombre sur l’image d’un Canada inclusif, qui a accueilli quelque 40 000 réfugiés syriens en un peu plus d’un an. Sur les 36 millions d’habitants au Canada, environ 1,1 million sont de confession musulmane.

« Nous n’allons pas répondre à la violence par la violence. Face à la peur et à la haine, nous répondrons par l’amour et la compassion », a déclaré le Premier ministre Justin Trudeau devant la Chambre des députés.

Le chef du gouvernement et son épouse Sophie Grégoire ont assisté à une veillée en face de la mosquée Sainte-Foy, entourés de plusieurs responsables politiques et de représentants de toutes les confessions. Quelques milliers de personnes s’étaient recueillies par un froid glacial, avec des bougies, des fleurs et des messages de condoléances.

D’autres veillées étaient organisées dans plusieurs villes canadiennes comme à Montréal et Toronto.