La commission de l’Union africaine a besoin d’un dirigeant véritablement engagé

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Économiste et analyste politique, Gilles Olakounlé Yabi est le fondateur de WATHI, think tank citoyen de l’Afrique de l’Ouest (www.wathi.org).

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Sommet de l'Union africaine à Addis Abeba, le 30 février 2015. © Elias Asmare/AP/SIPA

Le sommet des chefs d’État de l’Union Africaine (UA) qui s’ouvre lundi 30 janvier sera marqué par plusieurs éléments : la réintégration du Maroc au sein de l’organisation continentale, la discussion des recommandations du comité d’experts réuni autour du président rwandais Paul Kagamé sur la réforme institutionnelle de l’UA et sur son financement, les réunions dédiées aux crises majeures actuelles et l’élection d’un ou nouveau président ou d’une nouvelle présidente de la Commission de l’UA. Huit commissaires en charge des différents départements seront également désignés.

Le programme est donc chargé et le rendez-vous est crucial pour l’avenir immédiat de l’UA, dans un contexte très troublé et incertain au niveau mondial.

Incapacité à faire les bons choix

La récurrence du thème de la réforme institutionnelle témoigne de la grande difficulté de l’UA à faire des choix de structuration interne adaptés aux ressources humaines et financières des 54 pays membres (55 après l’adhésion annoncée du Maroc) et à l’extraordinaire diversité des situations politiques nationales et régionales.

Dans le domaine de la paix et de la sécurité, qui absorbe le plus d’attention et de ressources, la question de la mise en place effective de la Force africaine en attente (FAA) fournit un exemple frappant de cette incapacité à faire des choix clairs et raisonnables et à se consacrer ensuite à leur mise en œuvre résolue.

Tous les deux ou trois ans, une nouvelle idée est agitée, comme celle de la nécessité d’une Capacité africaine de réaction rapide (Caric), avant de disparaître tandis que les échéances pour l’opérationnalisation des brigades régionales devant composer la FAA sont constamment repoussées.

Le résultat de ces atermoiements est la fragmentation croissante de l’architecture de sécurité sur le continent, avec la multiplication d’initiatives ad hoc et même de nouvelles institutions, à l’instar du G5 Sahel, qui se développent parallèlement aux dispositifs de paix et de sécurité existants au sein des communautés économiques régionales (CER) et de l’UA.

Forte dépendance à l’aide extérieure

La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a certes fait forte impression en dénouant la crise en Gambie par une astucieuse combinaison de moyens diplomatiques et de pressions militaires, mais sur les dossiers complexes et majeurs du Sahel et du Bassin du Lac Tchad, elle est loin de jouer les premiers rôles. Tout comme l’UA.

La difficulté à mettre en place un cadre institutionnel cohérent et stable pour gérer et adapter en permanence les dispositifs militaires et sécuritaires aux menaces est aggravée par des tensions récurrentes entre l’UA et les CER telle la CEDEAO, qui sont pourtant censées être ses piliers et non ses concurrents.

Cette faiblesse institutionnelle africaine favorise l’accentuation de la dépendance du continent à l’égard des puissances européennes et américaine dans le domaine vital de la sécurité.

La même incapacité à se donner des objectifs réalisables et à choisir des options qui ont des chances d’être effectivement mises en œuvre se retrouve dans les autres domaines de concentration de l’UA. Les chefs d’État du continent ont tendance à oublier les fragilités multiples de leurs pays et à rêver très grand avec l’argent des autres – celui des partenaires non africains et celui des populations africaines actuelles et futures qui finissent par payer l’essentiel du coût des grands projets irréalisables et de la dépendance –.

Le fait d’avoir confié la responsabilité de la proposition d’une réforme institutionnelle au président rwandais semble indiquer une volonté de faire des choix tranchés et réalistes. On n’attend certes pas du président Kagamé qu’il donne une impulsion à l’UA sur les terrains de la défense de la démocratie, des libertés et des droits humains. Mais on peut lui reconnaître des qualités en matière de leadership et de capacité à décliner une vision, fût-elle discutable, en orientations stratégiques et en actions couronnées de résultats.

Choisir le bon candidat

Il y a donc de l’espoir s’agissant du réalisme des orientations de réformes qui seront proposées. Il ne faut cependant pas s’attendre à ce que la Conférence des chefs d’État – un mix de sensibilités très variables à l’intérêt général du continent – donne une nouvelle impulsion à l’UA. Malgré toutes les critiques que les citoyens africains peuvent légitimement formuler à l’égard de l’organisation, elle a réalisé des progrès remarquables depuis qu’elle a succédé à l’OUA.

C’est parce qu’il existe une Commission dotée d’une certaine marge de manœuvre à côté de la Conférence des chefs d’État que l’UA ne peut plus être considérée seulement comme un syndicat de présidents à la légitimité douteuse.

C’est pour cela que le choix de la personne qui succédera à Nkosazana Dlamini Zuma est très important pour les perspectives du continent pendant les prochaines années. Les fonctionnaires de la Commission ont besoin pour donner le meilleur d’eux-mêmes d’un dirigeant compétent et déterminé qui les inspire. C’est pour cela que les chefs d’État devraient fonder leurs votes sur la comparaison des trajectoires personnelles et professionnelles des cinq candidats, et non se déterminer au terme de marchandages entre États et blocs régionaux.

Le continent a plus que jamais besoin de placer à la tête de la Commission une personnalité combinant force de caractère, expérience politique et diplomatique, éthique personnelle, connaissance fine de la diversité des dynamiques de chacune des régions africaines, indépendance d’esprit et véritable engagement pour la cause panafricaine.

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