Amina Mohamed : « La RASD est un membre de l’Union Africaine et doit le rester »

La ministre des Affaires étrangères du Kenya, Amina Mohamed, le jeudi 26 janvier 2016 à Addis-Abeba. © Zakarias Abubeker pour J.A

La ministre des Affaires étrangères kényane, candidate au poste de présidente de la Commission de l'Union africaine, a reçu Jeune Afrique en marge du 30e Conseil exécutif du Sommet de l'Union africaine.

Candidate à la succession de Nkosazana Dlamini Zuma, la ministre des Affaires étrangères du Kenya, Amina Mohamed (55 ans), s’appuie sur sa longue expérience au sein de l’exécutif et des organisations internationales pour convaincre les chefs d’État qu’elle a le meilleur profil pour ce poste.

« Mes équipes et moi-même avons visité tous les pays du continent, à l’exception de la Libye et de la Gambie », confie-t-elle. Le 24 janvier, elle s’est entretenue avec le président béninois Patrice Talon à Cotonou. Elle a reçu Jeune Afrique dans l’ambiance feutrée de l’hôtel Sheraton d’Addis Abeba, ce jeudi 26 janvier.

Pourquoi pensez-vous être la meilleure candidate pour ce poste ?

Parce que j’ai une expérience variée au sein du gouvernement kényan, et au sein d’organisations internationales. Dans mon pays, j’ai dû gérer la plupart des grandes réformes. Ce fut un moment difficile de notre histoire, juste après la crise post-électorale de 2007-2008. Il fallait construire un système capable de répondre présent en cas de nouvelle crise. Toute cette expérience peut servir l’Union africaine.

Quels seront les principaux défis du prochain ou de la prochaine présidente de la Commission de l’UA?

La paix et la sécurité, la réforme du financement, s’assurer que le secrétariat est efficace et réactif aux besoins du continent. Il faudra étudier les programmes qui sont actuellement mis en place, décider de ceux qui sont complets ou de ceux qui doivent être améliorés. Il faudra aussi, systématiquement, avoir une longueur d’avance pour répondre aux demandes des populations.

Nous avons un agenda que nous commençons juste à mettre en place. Il faut se concentrer sur sa mise en oeuvre pour qu’enfin, les gens puissent apprécier le travail de l’Union africaine.

De quelle réforme l’UA a-t-elle prioritairement besoin ?

De la réforme qui porte sur le financement de notre organisation. Vous ne pouvez pas dépendre des autres pour identifier vos priorités. Il faut être capable de les financer. Ce qui a été décidé à ce sujet lors du dernier sommet de Kigali, la taxe de 0,2% sur les importations, est en ce sens une bonne chose.

Cela n’affectera pas les relations des États avec les autres pays. Ce n’est en rien une violation des règles du commerce international, puisque les importations sont de toutes manières taxées. Cet argent appartient déjà aux pays africains. Il faudra néanmoins être très vigilant sur le choix des secteurs qui seront concernés par cette taxe.

Serait-ce un moyen de répondre aux questions posées par Donald Trump à l’ancienne administration américaine, sur l’efficacité de l’aide extérieure accordée au continent africain ?

Le diable est toujours dans les détails. Nous avons entendu cela à la télévision mais personne n’est venu nous en parler. Nous attendons de voir ce qu’il sera décidé pour juger.

L’élection de Donald Trump vous inquiète-t-elle ?

Nous sommes plutôt inquiets par l’atmosphère globale dans le monde, pas aux États-Unis spécifiquement. Mais encore une fois, nous voulons voir quelles politiques sont mises en place. Faudra-t-il s’en réjouir ou s’asseoir autour de la table pour négocier ? Il est encore prématuré de se positionner.

Que pensez-vous du retour du Maroc dans l’UA ?

C’est un pays fondateur de l’OUA [l’organisation de l’unité africaine, devenue UA en 2002, ndlr], qui fut là pendant très longtemps et qui peut revenir quand il le souhaite. C’est d’abord un désir du Maroc, que nous appuyons.

Sa cohabitation au sein de l’UA avec la République arabe sahraouie démocratique (Rasd) ne risque-t-elle pas d’être compliquée ?

La république sahraouie est un pays africain, un membre de l’UA, et doit le rester. Tous les membres de notre organisation sont en bons termes. Nous parviendrons à surmonter ces divisions.

Le Kenya fait partie de la Mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom). Pourquoi cette force a-t-elle tant de mal à venir à bout des shebabs ?

Je pourrais vous poser la même question pour tous les pays frappés par le terrorisme. Depuis combien de temps dure l’intervention en Afghanistan ? Ces sujets sont si complexes que nous n’avons d’autres choix que d’y consacrer tous nos moyens.

Les troupes de l’Amisom ont fait beaucoup mieux que d’autres dans des situations similaires, et auraient pu faire encore mieux si nous lui avions accordé les moyens nécessaires. Mais nous passons notre temps à nous battre pour des ressources supplémentaires. Se procurer un hélicoptère, c’est déjà difficile ! Nous avons besoin du soutien de la communauté internationale et pas de réduire le petit budget de l’Amisom. Si on réduit ce dernier de 20%, son travail sera 20% moins efficace.

Le Burundi a récemment menacé de quitter l’Amisom, ses soldats n’étant pas payés depuis un an à cause des sanctions de l’UE et de l’UA…

Tout le monde doit être traité de la même manière. Les troupes burundaises doivent être traitées de la même façon que les troupes kényanes ou éthiopiennes. La discrimination sur le champs de bataille ne sert personne. Sinon, comment les convaincre de se battre pour une cause importante ?

Le Kenya avait envisagé de quitter la CPI. L’Afrique du Sud a annoncé qu’elle en claquerait la porte, tout comme la Gambie et le Burundi pour des raisons différentes. Les pays africains doivent-ils suivre ces exemples ?

C’est une question de souveraineté nationale. On peut développer une stratégie collective, mais pas l’appliquer collectivement. Chaque pays doit décider pour lui-même s’il accepte de rester ou non. Je respecte la décision de tout le monde.