Ce jour-là : le 30 janvier 1944 s’ouvre la conférence de Brazzaville

Brazzaville en 1940. © Capture d'écran Youtube

À la fin de l'année 1943 le Général De Gaulle, alors chef du Comité français de la Libération nationale (CFLN), décide l'organisation d'une grande conférence pour janvier 1944. Le thème de celle-ci : l'avenir de l'Empire colonial français.

Le 30 janvier autour de René Pleven – le Commissaire aux Colonies – et de Félix Éboué – gouverneur de l’Afrique Équatoriale Française (AEF) – des représentants administratifs, des gouverneurs, des membres de l’Assemblée consultative et des observateurs français se réunissent à Brazzaville, capitale de la France libre depuis 1940.

À cette date, le Maghreb est libéré des troupes de l’Axe, les Alliés ont débarqués en Sicile, l’Italie à capitulé début septembre tandis que les Russes ont repoussés les Allemands sur le front Est.

Durant ce second conflit mondial, ce sont environ 150 000 tirailleurs des colonies qui sont engagés dans les combats, principalement au Maghreb puis en Italie. Si De Gaulle a autorité sur ces troupes, c’est en bonne partie grâce à Félix Éboué, qui dès le discours du 18 juin se rallie au général et entraîne derrière lui toute l’AEF.

Le ralliement de l’Afrique Occidentale Française (AOF) intervient en 1943, à la fin de la Campagne de Tunisie dont les soldats Alliés sortent vainqueurs.

Reconnaissance oui, indépendance non

En 1944, De Gaulle semble donc conscient de ce que lui et la France libre doivent à l’Empire colonial. Si une fois la guerre terminée la France pourra siéger aux côtés des vainqueurs, elle le devra à ses soldats coloniaux, qui « participent à l’effort commun des Alliés » selon lui.

Mais pour certains « indigènes », cette seconde participation à l’effort de guerre après la Première guerre mondiale s’accompagne de l’espoir  d’obtenir davantage d’autonomie, voire l’indépendance, à l’issue des combats. Malgré qu’aucun pays colonisé ne soit convié à Brazzaville, les espoirs avant la conférence sont réels.

Plus de pouvoir à l’élite « indigène »

Si dans son discours qui ouvre la conférence, De Gaulle parle d’une « volonté ardente […] de renouveau » et de « progrès », afin que les Africains pris sous le joug colonial soient « capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires », ces formules ne sont pas destinés à de possible indépendance. Après une dizaine de jours de débats entre les représentants du CFLN, la conférence accouche le 8 février 1944 d’une liste de mesures, qui s’intitule sobrement « Recommandations ». 

L’une de ces mesures propose de donner plus de pouvoir à l’élite « indigène » dans les affaires locales. Ainsi des représentants des colonies – hors gouverneurs français – vont pouvoir siéger dans la futur Assemblée constituante « consultative » une fois l’Union française établie, en 1946.

Grâce à cette évolution des charges politiques possibles de la part des « indigènes », une élite va peu à peu apparaître, avec Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Félix Houphouët-Boigny (Côte-d’Ivoire), Modibo Keita (Mali), Émile Derlin Zinsou (Dahomey, actuel Bénin) ou encore Ahmadou Ahidjo (Cameroun), qui tous représenteront les colonies dans différents postes.

La seconde recommandation concerne la volonté d’abolir le code de l’indigénat, appliqué depuis la fin du XIXe siècle sur le territoire français. Avec cette mesure, c’est également le travail forcé qui est amené à disparaître, bien qu’il restera en vigueur encore quelques années dans certaines régions.

Enfin le Guyanais Félix Éboué, « Grand Français, Grand Africain » selon De Gaulle, insiste sur la nécessité d’appliquer en Afrique une politique d’assimilation à l’égard des « indigènes », afin « d’établir sur des bases nouvelles les conditions de la mise en valeur de notre Afrique, du progrès humain de ses habitants », pour reprendre les termes de De Gaulle.

L’indépendance ? Pas encore

Cependant, malgré cette liste de recommandations, le général ne songe pas à la décolonisation : le statut de la France est en jeu. Si la France veut conserver une fois la guerre terminée son rôle de puissance mondiale – mis à mal depuis sa défaite en 1940 – cela passera forcément par le maintient de ses colonies. Pour les conserver, la France doit réaffirmer son autorité face aux deux puissances que sont les États-Unis et l’URSS, toutes deux en faveur des indépendances.

Par ailleurs, à cette époque, l’indépendance n’est pas du tout au centre des préoccupations des responsables politiques et des intellectuels français, tout à la libération de la France ou à la collaboration avec l’Allemagne nazie.

Les espoirs des plus optimistes sont douchés : si De Gaulle s’est rendu à Brazzaville – « refuge de notre honneur et de notre indépendance » – ce n’est donc pas pour rendre aux Africains la maîtrise de leur destin, mais bien au contraire pour réaffirmer l’autorité de la France sur ses colonies.

La conclusion du général au terme de la conférence est claire et sans équivoque : « Toute idée d’autonomie, toute possibilité d’évolution hors du bloc français de l’Empire : la constitution […] de self-governments dans les colonies est à écarter ».

Il faudra attendre 1956 pour voir les premières indépendances, avec la fin des protectorats du Maroc et de Tunisie. Un mouvement historique qui se terminera dans le sang en 1962 après la Guerre d’Algérie.

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