OIF : cinq choses à savoir sur la nomination de Michaëlle Jean

Par Jeune Afrique

Michaëlle Jean après sa nomination le 30 novembre 2014 à Dakar. © AFP

Ancienne journaliste canadienne d’origine haïtienne âgée de 57 ans, Michaëlle Jean a été désignée nouvelle secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) dimanche à Dakar.

"J’entends répondre aux besoins et aux attentes des États et gouvernements membres de l’OIF tout en donnant une nouvelle impulsion à la Francophonie", a déclaré Michaëlle Jean après sa nomination dimanche 30 novembre au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

1) Une nomination historique

Crée en 1997, le poste de secrétaire général avait été occupé par deux Africains. Une règle non écrite voulait jusqu’à présent que le secrétaire général soit issu d’un pays du Sud – certains plaidaient même pour une chasse gardée africaine – et que l’administrateur vienne du Nord… L’actuel numéro deux, le Québécois Clément Duhaime, devrait donc être remplacé par un Africain.

Mais cette fois, les dirigeants du continent ont consenti à la nomination de Michaëlle Jean, première femme à ce poste, après avoir fait le "constat d’une non-candidature unique africaine", a indiqué le président sénégalais, Macky Sall.

Une source diplomatique française avait fait état de "discussions intenses entre les chefs d’État au dîner" samedi soir, pour tenter d’obtenir des désistements de candidats africains avant la réunion de dimanche, en vain.

2) La colère de Sassou Nguesso

Michaëlle Jean a été préférée à quatre candidats du continent : l’ex-président burundais Pierre Buyoya, l’écrivain et diplomate congolais Henri Lopes, l’ex-Premier ministre mauricien Jean-Claude de l’Estrac et l’ancien ministre équato-guinéen Agustin Nze Nfumu.

La cinquantaine de pays membres de l’OIF ont trouvé ce consensus après des tractations difficiles, qui avaient laissé planer l’hypothèse inédite d’un vote. Signe de l’incertitude régnant jusqu’à la fin des discussions, le chevalet sur le podium où s’est tenue la conférence de presse finale a été modifié au dernier moment pour féminiser le titre de "secrétaire générale élue".

"J’ai proposé de nous retrouver à quelques-uns pour chercher un consensus", a dit le président français, François Hollande. Ce "huis clos", a-t-il précisé, réunissait les représentants de deux pays présentant des candidats, le Premier ministre canadien, Stephen Harper, l’Ivoirien Alassane Ouattara et le président congolais, Denis Sassou Nguesso. Ce dernier aura fait jusqu’au dernier moment le forcing pour son candidat, Henri Lopes, et il ne décolérait pas à la fin de la réunion ayant abouti à la désignation de Michaëlle Jean, affichant un visage fermé, les mâchoires crispées ne laissant sortir aucun mot.

3) L’hommage à Abdou Diouf

L’ex-gouverneure générale du Canada a dit vouloir s’appuyer sur la dimension politique apportée à l’OIF pendant 12 ans par son ex-président Abdou Diouf, pour "faire de cette langue si riche un levier extraordinaire pour avancer ensemble pour le développement de nos pays, des économies de nos pays".

>> Relisez l’interview de Michaëlle Jean publiée dans le n°2801 de JA.

Elle a conclu par un vibrant hommage à son prédécesseur, qui lui passera le relais en janvier : "Je mesure la tâche qui m’attend et je veillerai à prendre grand soin de l’héritage que nous lègue le président Diouf. J’entends répondre aux besoins et aux attentes des États et gouvernements membres de l’OIF tout en donnant une nouvelle impulsion à la Francophonie."

Dans son interview début septembre à Jeune Afrique, elle expliquait comment l’ancien président sénégalais lui avait mis en quelque sorte le pied à l’étrier : "Peu après avoir quitté mes fonctions [de gouverneur du Canada, NDLR], il m’a nommée grand témoin de la francophonie pour les Jeux olympiques et paralympiques de Londres en 2012. Cette nomination a constitué un gage de confiance. J’ai beaucoup d’admiration pour Abdou Diouf. Il y a entre nous une vraie convergence de vues. Pendant presque deux ans, j’ai pu voir de l’intérieur comment fonctionnait l’OIF. Travailler avec cette équipe a été formidable."

4) La position de la France et le poids de Ouaga

La nomination de Michaëlle Jean satisfait la France, même si comme Macky Sall, François Hollande aurait préféré que l’Afrique s’accorde sur un candidat commun. En outre, la chute, fin octobre, du président burkinabè Blaise Compaoré, que Paris et Abdou Diouf souhaitaient voir hériter du poste, selon le secrétaire général sortant lui-même, a compliqué les discussions.

Sur cette question, le président français a assuré ne pas vouloir "donner de leçons" aux dirigeants africains, après ses propos la veille aux dirigeants tentés de s’accrocher au pouvoir à tout prix, qui ont fait grincer des dents au sommet.

"Il ne peut pas être question à la veille d’un scrutin de changer l’ordre constitutionnel", a-t-il néanmoins répété, assurant ne viser aucun pays en particulier. "C’est ce qui s’est passé au Burkina Faso et nous avons vu les réactions que ça a pu provoquer", a-t-il rappelé. De son côté, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a jugé qu’il n’était "pas normal" que ce soit le chef de l’État français "qui décide ce qu’il va se passer dans les pays africains".

5) Jean, un atout pour l’image de l’OIF ?

Michaëlle Jean avait plusieurs atouts : son âge et le fait qu’elle soit la seule femme (son élection donne ainsi un coup de jeune à l’image de l’OIF), son statut d’ancien chef d’État (bien que ce soit un poste honorifique, elle a été gouverneure générale du Canada), sa campagne très active sur le thème de la francophonie économique (elle s’est déplacée sur les cinq continents) et ses origines haïtiennes.

"Nous sommes heureux qu’il y ait pu avoir un consensus. C’est pour cela que nous avons retiré notre candidature. De toute façon, du sang africain coule dans les veines de la nouvelle secrétaire générale", a ainsi déclaré l’ex-candidat équato-guinéen Augustin Nze Nfumu

Épouse du cinéaste français Jean-Daniel Lafond et mère d’une fille adoptive née en Haïti, Michaëlle Jean a un parcours unique. Ancienne présentatrice vedette de Radio-Canada, elle a été gouverneure générale du Canada entre 2005 et 2010.

Elle fut ensuite envoyée spéciale de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) en Haïti. Polyglotte, Michaëlle Jean parle cinq langues (français, anglais, espagnol, italien et créole haïtien).

>> Lire aussi : Désignation du secrétaire général, le sommet de la cacophonie

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