Abattage illégal de bois au Cameroun : la première société européenne à avoir été sanctionnée contre-attaque

Reportage au Cameroun : parc à bois près de la ville de Douala. © Renaud VAN DER MEEREN pour Les Editons du Jaguar

Exclusif - Une société hollandaise ainsi que 14 autres de nationalité britannique, importatrices de bois en provenance du Cameroun, ont été été sanctionnées en 2016 après que la légalité de leurs importations a été mise en cause. La PME hollandaise Fibois, qui risque une lourde amende, va porter son cas devant la justice à Amsterdam en mars.

La PME hollandaise Fibois, qui transforme le bois qu’elle importe de l’international – à 80% du Cameroun – n’est pas quitte des sanctions qui lui ont été imposées en mars 2016. À cette date, elle était devenue la première société européenne a avoir été condamnée en vertu du règlement de l’Union européenne sur le bois, et risque une amende de 1 800 euros par mètre cube de bois importé. Une décision qu’elle s’apprête à contester en justice, en mars à Amsterdam, a appris Jeune Afrique auprès de la société mercredi.

Les Pays-Bas lui ont imposé le 9 mars 2016, pour la première fois à l’échelle européenne, des sanctions, encore conditionnelles, pour violation du Règlement sur le Bois de l’Union européenne (EUTR). Elle était accusée de n’avoir pas exercé une « diligence raisonnée » sur la légalité du bois d’origine camerounaise acquis auprès de la Compagnie de commerce et de transport (CCT), l’un des principaux exportateurs du pays.

La mise en garde faisait suite à un rapport de Greenpeace de septembre 2015. Ce dernier pointait que CCT « commerçait du bois de plusieurs sociétés impliquées dans des activités d’abattage illégales », donnant lieu à une saisine de l’autorité administrative chargée de faire appliquer la réglementation sur le bois aux Pays-Bas, la NVWA.

Cette dernière a demandé à Fibois un audit indépendant de ses fournisseurs camerounais. Ce qu’elle a fait, s’adjoignant les services d’un cabinet de conseil hollandais spécialisé, Symaco. Pour Fibois, qui compte trois salariés et importe 300 à 400 mètres cubes de bois camerounais par mois depuis la région de Douala, cet audit aurait dû prouver son respect des règles de traçabilité du bois prévues par l’EUTR et la transparence du bois fourni par CCT.

14 importateurs britanniques également sanctionnés

Fin de non recevoir de la NVWA qui, à la lecture de cet audit, n’a pas relevé ses sanctions et s’est engagée à mettre en œuvre la sanction financière prévue. Ce que Fibois veut contester en justice, insistant sur le fait que plusieurs autres opérateurs en Allemagne, en Belgique ou en Espagne sont également approvisionnés par la CCT sans avoir été sanctionnés jusqu’à présent.

En juin 2016, 14 importateurs britanniques ont reçu des avertissements analogues pour le manque de « diligence raisonnée » dont ils auraient fait preuve dans leurs importations de bois camerounais.

« Si  plusieurs sociétés européennes sont condamnées, l’export depuis le Cameroun commencera à avoir mauvaise presse. On tue la filière du bois pour protéger quelques exportateurs parfaitement connus », tance un bon connaisseur de la filière bois camerounaise, interrogé par Jeune Afrique sous couvert d’anonymat.

Le Cameroun compte 20 millions d’hectares de forêts qui sont réduits à un rythme de déforestation d’1% chaque année depuis 1990, selon Greenpeace. En mai 2009, le Cameroun a signé un accord de partenariat volontaire avec l’Union européenne, entré en vigueur le 1er décembre 2011 et censé améliorer la gouvernance forestière.

Sollicité par Jeune Afrique en mars 2016, El Chayeb Antoine Ghassam, le directeur général de CCT – qui a exporté 138 274 mètres cubes de bois vers l’UE en 2014 – disait s’en tenir à la position de Yaoundé. Ngole Philip Ngwese, le ministre des Forêts et de la Faune, estimait que le rapport de Greenpeace de 2015 était un « assemblage de stéréotypes émis au seul dessein de nuire ».

Les exportations totales camerounaises de grumes, sciages et dérivés se sont établies à 803 100 tonnes en 2014, selon les données de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).

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