Le calme revient en Côte d’Ivoire après un nouveau mouvement de protestation militaire

Par - à Abidjan

Un militaire ivoirien à Abidjan en octobre 2015. © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

Le calme est revenu ce mercredi 18 janvier au matin à Yamoussoukro. L'activité a repris en ville après une journée marquée par un nouveau mouvement d'humeur de militaires, lié au règlement d'une partie des primes réclamées la semaine dernière par des mutins issus des forces armées. On compte au moins deux morts parmi les militaires.

Le mouvement de protestation armé du mardi 17 janvier a d’abord pris forme au centre d’instruction et de formation militaire de Zambakro, situé à moins d’une dizaine de kilomètres de Yamoussoukro.

Les mutins ont d’abord attaqué l’armurerie du camp et en ont emporté les armes. Des témoins ont ensuite décrit des militaires excités à bord de véhicules tout terrain, tirant en l’air dans la ville en faisant des rodéos. Une autorité locale affirme qu’ils ont par la suite attaqué les locaux de la garde républicaine situés dans le centre ville. S’en est suivi un échange de tirs, puis les coups de feu ont cessé en milieu de journée.

« Ce matin [mardi 17 janvier], une cinquantaine d’hommes a quitté le camp à bord de véhicules 4X4 pour se rendre en ville afin d’exprimer leur mécontentement de ne pas avoir été pris en compte dans le paiement des primes » octroyées récemment à leurs frères d’armes, a confié à Jeune Afrique un militaire joint à Zambakro.

Quatre mutins ont été blessés lors de l’échange de tirs avec la Garde républicaine. Ils ont été transféré au camp de Zambakro pour être soignés. L’un d’entre eux n’a pas survécu. Un autre mort a également été signalé. Mais selon une autorité locale souhaitant rester anonyme, il s’agit d’un soldat des FRCI dont la mort, accidentelle, ne serait pas liée aux événements.

A la mi-journée, des négociations ont été entamées à Zambakro entre les mutins et des représentants du chef de l’État. Selon une autorité locale souhaitant garder l’anonymat, les mutins ont néanmoins regagné leur caserne mardi soir, et ont restitué les véhicules et les armes. Ils se sont par ailleurs engagés à poursuivre les discussions avec la hiérarchie militaire. La situation doit être examinée ce mercredi en Conseil des ministres.

Le gouvernement a pris des engagements

Ce nouveau mouvement de colère fait suite à la mutinerie des 6 et 7 janvier qui a secoué Bouaké et plusieurs casernes du pays. Après l’accord signé dans la nuit de vendredi à samedi avec les mutins, le gouvernement aurait mobilisé plus de 36 milliards de F CFA pour payer des primes estimées à 12 millions de F CFA à chaque mutin. Un chiffre de 8 400 bénéficiaires a circulé sur un effectif total de 12 000 éléments.

« Ce sont ceux qui ont rejoint la rébellion en 2002 qui ont été pris en compte. Les contingents de 2006, 2007 et 2008 ne l’ont pas été. Ce sont ces derniers qui manifestent ce matin. Et ceux de 2011 et 2012 pourraient se joindre au mouvement », explique un officier de l’armée qui a requis l’anonymat.

Des gendarmes, corps d’élite, se sont joints aussi au mouvement en tirant en l’air dans plusieurs villes du pays, Man, Daloa, Yamoussoukro ou Dimbokro. Selon nos sources, une grogne était par ailleurs en cours au sein de la police ce mardi, dont certains éléments exigeaient une augmentation de 83 000 F CFA et le paiement des retards de baux de loyers.

À l’issue d’un conseil présidé dans la soirée mardi 17 janvier par le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, le gouvernement s’est engagé a régler tous les problèmes liés aux tensions sociales avec les acteurs de façon durable, avec des solutions justes, supportables et acceptables.