Le sommet Afrique-France doit être l’occasion pour les États de montrer leur soutien à la CPI

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Francis Dako est un avocat béninois, conseiller auprès du programme Justice internationale de Human Rights Watch.

Fatou Bensouda, procureur de la CPI, en mars 2016. © Jerry Lampen/AP/SIPA

L'une des déclarations fortes entendues à la clôture de la récente session de l’Assemblée des États Parties à la Cour pénale internationale (CPI), tenue en novembre dernier à la Haye, est celle qui a été faite par la délégation malienne à cette Assemblée.

La voici : « Quitter la CPI n’est pas la réponse la plus efficace au besoin de justice… Rester à la CPI permet d’apporter les meilleures réponses à cette demande de justice, au besoin de justice. Approprions-nous la CPI ».

En ces moments cruciaux où les détracteurs de la lutte contre l’impunité saisissent toutes les occasions pour amplifier sciemment leurs perceptions négatives de la CPI, point n’est besoin d’insister sur la nécessité de fortifier la justice pénale internationale pour mieux combattre l’impunité dans un contexte de violations massives des droits humains dans de nombreuses régions du monde.

Le rassemblement majeur de hauts représentants africains et français sur le sol africain – à Bamako, les 13 et 14 janvier – offre donc une occasion unique à ces derniers de réitérer leur soutien public à la Cour pénale internationale, mais aussi de relever le rôle crucial que des États comme le Mali, la République Centrafricaine, la République Démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire et l’Ouganda ont joué dans la fortification de la justice internationale en y référant des affaires.

Les imperfections de la CPI sont davantage une raison pour ses membres de travailler ensemble et de coopérer activement avec elle

En effet, à l’avant-garde de cette lutte planétaire pour la justice se trouve la CPI, juridiction rempart dans la lutte contre l’impunité et pour la répression des crimes les plus odieux qui choquent la conscience de l’humanité. En ce sens, le rôle majeur de la CPI partout dans le monde est sans pareil : elle incarne les espoirs et les aspirations à la justice des populations que les gouvernements représentent. Et ses imperfections sont davantage une raison pour ses membres de travailler ensemble et de coopérer activement avec la Cour afin de trouver des solutions viables conduisant à la justice et à la responsabilisation.

Signes rassurants

D’ailleurs, les récents rapports de Fatou Bensouda , la Procureure de la CPI, donnent des indications correctives rassurantes. Les cas inscrits au rôle de la Cour évoluent en dehors de l’Afrique depuis qu’elle a ouvert, en janvier 2016, une enquête sur les crimes commis en Géorgie. Aussi les retraits de la CPI compromettent-ils les opportunités de responsabilisation et auront un impact dévastateur sur les victimes qui souffrent des violations et attendent désespérément le jour où justice pourra leur être rendue.

Il serait judicieux que ce sommet appelle les États parties en général à affirmer leur soutien à la CPI, et plus particulièrement l’Afrique du Sud, la Gambie et le Burundi à revenir sur leur décision de s’en retirer. Il est tout aussi crucial que ce sommet encourage des échanges approfondis entre l’Union Africaine et la CPI pour apporter des solutions aux préoccupations communes, y compris par le biais de la mise en place d’un Bureau de liaison de la CPI au siège de l’Union Africaine.

Non, quitter la CPI n’est pas la réponse la plus efficace. Oui, lui manifester un soutien public et encourager un dialogue constructif entre les différentes parties prenantes à la lutte contre l’impunité participe à la fortification de la justice et à ses avancées.