Gambie : Yahya Jammeh joue la montre et calme le jeu

Yahya Jammeh au cours de l'entretien accordé à J.A., le 17 mai à Farafenni. © Bangaly Touré pour JA

Dans un discours télévisé diffusé mardi, le président gambien a affirmé qu'il s'en remettait à la Cour suprême − laquelle ne pourra siéger avant mai − pour trancher le contentieux électoral. Il a par ailleurs annoncé la nomination d'un médiateur pour dialoguer avec l'opposition.

Jammeh veut attendre le verdict de la Cour suprême

Yahya Jammeh s’est exprimé à la télévision nationale dans la soirée du mardi 10 janvier, quelques heures après la réunion très attendue de la Cour suprême sur les résultats de la présidentielle du 1er décembre.

Saisie par l’Alliance patriotique pour la reconstruction et la construction (APRC), le parti de Yahya Jammeh, qui conteste sa défaite électorale face à Adama Barrow, celle-ci a annoncé qu’elle ne pourrait rendre de verdict avant le mois de mai. La raison ? L’absence de juges, la Cour étant en partie composée de juges sierra léonais et nigérians qui ne sont pas disponibles avant mai.

« Comme la Constitution le prévoit, seule la Cour suprême peut déclarer quelqu’un Président. Je demande donc à tous nos concitoyens de respecter la loi de notre République et d’attendre que la Cour suprême se prononce sur les résultats de l’élection », a déclaré Yahya Jammeh dans son allocution télévisée.

 

 

Sa stratégie semble donc claire : se poster en garant de la Constitution, en jouant sur le respect du verdict de la Cour suprême. En face, les opposants ne cessent de répéter que cette même Constitution prévoit pourtant la fin de son mandat le 19 janvier, date à partir de laquelle ils considèrent qu’Adama Barrow sera le nouveau président de la République.

Des mesures d’apaisement annoncées

Dans son discours télévisé, le fantasque président gambien semble aussi entrer dans une logique d’apaisement. Il y annonce notamment la nomination d’un médiateur général, chargé de dialoguer avec l’opposition pour trouver une solution pacifique à la crise post-électorale qui secoue le pays depuis la présidentielle du 1er décembre. Il s’agira de Musa Jallow, secrétaire général de la présidence.

Autre mesure annoncée par Yahya Jammeh, visant à calmer le jeu : la mise en place d’une loi d’amnistie générale garantissant que personne ne sera poursuivi ni arrêté pour des faits liés à la campagne électorale, sur une période allant du 4 novembre 2016 au 24 janvier 2017. Yahya Jammeh entend ainsi « assurer qu’il n’y aura pas de chasse aux sorcières et restaurer un climat de confiance et de sécurité ».

Reste maintenant à voir si ces annonces de l’imprévisible maître de Banjul, spécialiste des revirements surprises, seront suivies d’effets. Soumis à une intense pression internationale pour qu’il cède le pouvoir alors que la date butoir du 19 janvier approche, il semble aujourd’hui dans une posture délicate.

Il a notamment été lâché par douze ambassadeurs, limogés depuis, et trois ministres, dont récemment celui de l’Information, Sheriff Bojang. Celui-ci a appelé ses collègues du gouvernement à faire de même et à reconnaître Adama Barrow comme président.

Nouvelle mission de la Cedeao à Banjul

Un mois après l’échec d’une première médiation, le 13 décembre, une seconde mission de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) est attendue le vendredi 13 janvier à Banjul pour tenter de convaincre Yahya Jammeh de quitter le pouvoir de manière pacifique. Initialement prévue ce mercredi 11 janvier, elle a été repoussée de 48h à la demande du président gambien.

Cette nouvelle mission sera conduite par le chef de l’État nigérian, Muhammadu Buhari, désigné médiateur en chef dans la crise gambienne par la Cedeao. Comme la dernière fois, il sera accompagné par la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf et l’ex-chef de l’État ghanéen, John Dramani Mahama.

Joint par Jeune Afrique en fin de semaine dernière, un haut responsable de la Cedeao affirmait que la priorité de la médiation était toujours d’offrir une « porte de sortie honorable » à Jammeh. Selon lui, la menace d’une intervention militaire, brandie par l’organisation sous-régionale en cas d’entêtement de l’autocrate gambien, ne sera envisageable qu’en « ultime ressort, une fois toutes les voix de dialogues épuisées ».