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Algérie : pourquoi les prix des produits alimentaires augmentent

Centre commercial Ardis à Alger. Les produits alimentaires bénéficient de subventions en Algérie. Elles ont été revues dans le cadre de la limitation des dépenses de l'État. © Omar Sefouane pour Jeune Afrique

La hausse des prix sur les produits alimentaires de consommation courante, à l'origine de tensions sociales dans plusieurs villes, se poursuit. Jeune Afrique a mené l'enquête entre les étalages des marchés.

Les Algériens commencent l’année comme ils l’avaient terminée : en déboursant plus pour des dépenses de base. Du rayon des produits laitiers à celui des boissons non alcoolisées en passant par certains détergents, les consommateurs ont remarqué une hausse des prix, plus ou moins importante, depuis début janvier.

Ces augmentations oscillent entre deux (soit 0,01 centime d’euro) et 30 dinars (soit 0,27 centimes d’euro). Si les produits importés sont les plus touchés, la production nationale n’est pas en reste. Ainsi, un camembert produit en Algérie a vu son prix passer de 210 (environ 1,90 euro) à 220 dinars (près de 2 euros) tandis que le prix des paquets de café a grimpé en moyenne de 30 dinars.

Hausses contrastées

Côté fruits et légumes, ce n’est pas mieux. Si les prix des légumes de saison se maintiennent dans l’ensemble, celui de certains fruits est monté en flèche.

« Le prix du kiwi a été multiplié par quatre depuis décembre. Même chose pour les avocats. Ce sont devenus des produits de luxe pour les familles », avance un primeur d’Alger.

 Au ministère du Commerce, on refuse de parler d’une augmentation générale des prix. « D’après notre dernier relevé, les prix sont stables en dehors des légumes hors saison, ce qui est normal », défend Ahmed Mokrani, un chargé de dossier. Il ajoute : « Hormis les produits subventionnés par l’État, les prix répondent à la loi de l’offre et de la demande ».

Le gouvernement rassure

Depuis la fin de l’année, les membres du gouvernement prennent à tour de rôle la parole pour rassurer les consommateurs algériens. Invité fin décembre d’une émission spéciale de la chaîne de télévision publique, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, avait ainsi affirmé que le pouvoir d’achat des Algériens n’allait pas être affecté.

Mais, dans les faits, ces différentes hausses de prix constatées en magasin portent un sérieux coup au portefeuille des citoyens. Et ce d’autant plus que l’alimentaire, principale poste de dépense, représentait déjà 40% des dépenses totales des foyers en 2011, d’après l’enquête de l’Office national des statistiques (ONS)

À l’origine, l’augmentation de la TVA

Étranglée par un déficit budgétaire profond – évalué à 13,2% du PIB – et l’érosion du Fonds de régulation des recettes (FRR), l’Algérie a procédé à un rabotage dans la loi de finances 2017, pour la troisième année consécutive. Les nouvelles mesures, entrées en vigueur le 1er janvier, imposent, entre autres, une augmentation de deux points de la TVA, qui passe de 17% à 19%.

« Cette décision ne concerne pas les produits de première nécessité, qui sont exonérés de TVA et dont les tarifs sont fixés par l’État, ce qui comprend notamment le lait, la semoule, l’huile et le sucre « , précise Ahmed Mokrani.

Le dinar a dévissé…

L’augmentation d’autres taxes et la dépréciation de la monnaie algérienne entraînent mécaniquement un relèvement des prix, expliquent les représentants d’associations de défense des consommateurs et des commerçants algériens. « La TVA n’est pas la seule cause. L’augmentation du coût du transport des marchandises, par le biais d’une réévaluation du prix des carburants, influe aussi sur le prix des produits, tout comme l’introduction d’une taxe énergétique », souligne Hadj-Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et des artisans (ANCA). « La dévaluation du dinar impacte, quant à elle, les produits fabriqués à l’étranger », dit-il.

En 2016, la devise algérienne a frôlé des niveaux historiques, s’établissant officiellement à 115 dinars pour un euro contre 184 dinars pour un euro sur le marché parallèle, en décembre.

Et le marché informel a fait le reste

Les politiques d’austérité entreprises par les autorités n’expliquent pas à elles seules l’envolée de certains prix, assurent des défenseurs des consommateurs et des commerçants algériens, qui pointent du doigt la responsabilité de l’économie informelle. Dans leur collimateur : les points de vente sur les voies publiques. 

« Le tissu de distribution à travers le territoire national est encore trop faible. Il y a un manque important de marchés de proximité en Algérie. La nature ayant horreur du vide, des points de vente informels sont créés et gonflent les prix. Sur ces marchés informels, la différence entre le prix au gros et au détail est parfois de l’ordre de 100% « , explique Hadj-Tahar Boulenouar, selon qui l’Algérie aurait besoin de 800 marchés de proximité supplémentaires.

Chère banane !

Le manque de concurrence jouerait également un rôle. « Des manœuvres commerciale illégales ont cours en Algérie en raison d’une situation de monopole de certains importateurs. Ils spéculent, les prix flambent en conséquence », dénonce le président de l’ANCA, pour qui « les hausses des prix sont davantage dues au poids de l’informel qu’aux mesures prévues par la dernière Loi de finances ».

Ce serait le cas de la banane. Selon les vendeurs de fruits à Alger, le prix au kilo est passé de 200 dinars à près de 600, entre décembre et janvier.

« Il ne faut pas s’attendre à une baisse ou une maîtrise des prix tant que les mécanismes de contrôle et de lutte contre les monopoles ne prévaudront pas », assure enfin Hadj-Tahar Boulenouar, dont l’organisation soumettra au ministère du Commerce d’ici février une série de recommandations allant dans ce sens.