Ce jour-là : le 12 janvier 1988, début de la bataille de Cuito Cuanavale, apogée de la présence cubaine en Afrique

La bataille de Cuito Canavale, avec plus de 4000 morts, est alors la plus grande opération militaire africaine depuis la Seconde Guerre mondiale. © Capture d'écran/Youtube BBC.

Depuis octobre 1987, une contre-offensive des troupes sud-africaines et de l’Unita met en danger le gouvernement du MPLA. Si la petite ville de Cuito Cuanavale tombe, la route de Luanda sera sans défense...

À partir du 12 janvier 1988, les Forces armées populaires de libération de l’Angola (Fapla) du MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola) – ainsi que les guérilleros cubains – lancent une grande offensive dans le sud-est du pays, à Cuito Cuanavale.

Impliqués depuis l’indépendance aux côtés du MPLA de Eduardo dos Santos, Fidel Castro a décidé en novembre précédent l’envoi de plus de 1 500 guérilleros de ses Forces spéciales, portant à plus de 300 000 le total de Cubains engagés en Angola depuis l’indépendance du pays en 1975. Surtout, les nouveaux combattants arrivent les bras remplis d’équipements de dernier cri importés d’URSS.

Depuis l’indépendance obtenue le 11 novembre 1975 après la Révolution des Œillets au Portugal, l’Angola est le théâtre d’une guerre civile qui oppose trois belligérants dans un contexte prégnant de Guerre froide. Au pouvoir, le MPLA de José Eduardo dos Santos est appuyé par Cuba, et donc par l’URSS.

En face se trouvent le Front de libération nationale de l’Angola (FLNA), à l’influence limitée, et surtout l’Unita – Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola – du charismatique Jonas Savimbi, qui est épaulée par la CIA et l’Afrique du Sud, encore soumise au régime de l’apartheid. Cette dernière est alors en pleine « guerre de frontière », et occupe la Namibie pour traquer le parti indépendantiste du Swapo (South West Africa People Organisation).

 

La plus importante bataille en Afrique depuis 1945

Plus de 40 000 soldats participent à la bataille de Cuito Cuanavale, ancienne base militaire de l’Otan située près du territoire contrôlé par l’Unita. Dirigés par le Cubain Arnaldo Ochoa Sanchez – membre des barbudos durant la Révolution – environ 20 000 soldats des Fapla et 5000 soldats d’élites cubains font face aux 7 000 Sud-Africains des SADF (South African Defense Force – armée sud-africaine) et aux 10 000 membres de l’Unita.

Par son importance, sa durée, le nombre de soldats et d’armement impliqués, la bataille de Cuito Cuanavale est alors la plus grande opération militaire sur le contient depuis la Seconde Guerre mondiale.

La situation géographique du champ de bataille en fait un point stratégique de la guerre civile. Dans un documentaire de la BBC, le chef d’état-major du MPLA, « Ndalu » Dos Santos, indique que « si ils gagnaient (l’Unita et l’Afrique du Sud), la route aurait été ouverte jusqu’au Nord ».

Plus de 150 tanks T-55 ultra-modernes, des véhicules BMP-1 et des hélicoptères de combat tels les Mi-24, tous de fabrication soviétique, sont apportés aux Fapla. L’apport matériel cubain est primordial. Durant les combats, le « Líder Máximo » aurait lui-même dirigé la bataille par téléphone depuis la Havane, située à plus de 12 000 km de l’Angola.

 

Archives JA

Une du Jeune Afrique n°1438 du 27 juillet 1988. © Archives JA

 

Une victoire « défensive » des Cubains et des Angolais 

Surtout, ce sont les avions de chasse MIG-23, également soviétiques, qui donnent un avantage considérable aux militaires cubains et angolais. Alors que l’armée de Pretoria dominait jusque là les airs, les chasseurs cubains vont progressivement imposer leur suprématie dans un combat aérien décisif pour la suite de la bataille.

Jusqu’au 20 janvier les combats font rage. Au prix de plus de 4 000 morts les Cubains et les Angolais stoppent l’offensive de l’Unita et des SADF. Mais si la bataille de Cuito Cuanavale est importante pour la suite de la guerre civile, il ne faut pas négliger l’importance de l’offensive simultanée au Sud-Ouest de l’Angola menée par le MPLA et les Cubains, qui progressent en direction de la frontière namibienne.

Après un dernier assaut en mars et une nouvelle défaite, Pretoria s’installe à la table des négociations en juillet. Le 22 décembre 1988, à New-York, un accord sera finalement signé entre l’Angola, Cuba et l’Afrique du Sud, sous l’égide de l’URSS et des États-Unis.

La résolution 435 de l’ONU planifiera alors des élections en Namibie – qui obtiendra son indépendance le 21 mars 1990 – et le retrait d’environ 55 000 Cubains alors présent en Angola. Pour Nelson Mandela, « l’écrasante défaite de l’armée raciste à Cuito Cuanavale » a également « marqué le tournant de la lutte de libération » des Sud-Africains du fléau de l’apartheid.

Cuito Cuanavale fut une victoire pour toute l’Afrique

En permettant l’indépendance de la Namibie et en précipitant la fin de l’apartheid sud-africain « Cuito Cuanavale fut une victoire pour toute l’Afrique », a dit Madiba. Mais elle n’offrit qu’une paix précaire à l’Angola. En 1992, le « Galo Negro » (coq noir) Jonas Savimbi reprend les armes. Dix ans plus tard, la mort au combat de ce dernier marquera le retour à la paix et la fin définitive de la guerre civile.

Retrouvez ci-dessous le reportage de François Soudan intitulé « Angola, la paix est en vue avec l’Afrique du Sud » publié dans Jeune Afrique n°1438 du 27 juillet 1988. N’hésitez pas à agrandir la fenêtre pour un plus grand confort de lecture en cliquant sur le bouton en bas à droite

 

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